Sur les crêtes du Jura de Saint-Cergue à Bellegarde



Textes et photos par Philippe Quaglia. Tous droits réservés.

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Depuis mon bureau, la vue embrasse le Jura, de la Dôle à l'est au crêt de la Goutte à gauche. Inspiré par ce panorama, je me suis prévu une petite escapade de 2 jours et demi, visant à parcourir ce panorama a pied.

Vendredi 13 mai 2022

La balade a failli s'arrêter avant le départ, quand sur la route une voiture s'arrête sans raison devant moi, assez brusquement. Je freine à temps pour l'éviter, mais le conducteur commence immédiatement à reculer, sans regarder. Il me rentre dedans, et déséquilibré je me retrouve contre sa vitre arrière sur laquelle je frappe bruyamment. Cela le fait s'arrêter, ouf, sans mal ni pour moi ni pour mon vélo. Comme je suis pressé, je l'engueule et file pour ne pas louper mon train. Je laisse mon vélo à l'aéroport et prend le train pour Nyons puis change direction La Cure. Il n'y a pas grand monde, et je suis le seul à descendre à Les Pralies, juste après Saint-Cergues.
Je commence à marcher, il est 11h15. Le sentier que j'ai prévu de suivre se transforme rapidement en une sente de renard furtif, que je perds puis retrouve régulièrement. Le tracé est bien vallonné et boisé, c'est joli. Heureusement, le GPS me permet de me recaler quand nécessaire. La nature est belle, les fleurs explosent. Je marche à peine depuis une heure que je vois deux chamois, curieux eux aussi, et les premiers névés. Je sors de la forêt et arrive assez vite au sommet de la Dôle. Dommage que le temps soit couvert, on voit le lac mais pas plus loin, la chaîne des Alpes demeure cachée. Je m'écarte des antennes et de ce sommet bétonné, et je fais une rapide pose casse-croûte un peu plus bas. Le tracé serpente ensuite dans des pâturages et des bosquets. Je reconnais un passage parcouru précédemment lors d'une sortie en gravel, j'avance bien, la couverture nuageuse m'évite les fortes chaleurs. Je rentre dans la zone de quiétude de la faune sauvage, sur un sentier bien balisé, dans la jolie forêt.

En approchant de la Vattay, il se transforme en une route forestière goudronnée, moins agréable. Je passe près des installations de la Vattay, desertes en cette saison, et je repars sur un sentier étroit et qui monte assez fort. Ensuite, le parcours est vraiment surprenant, il monte et descend, passe dans des failles dont le fond est encore couvert de neige, remonte au petit sommet de notre dame des neiges où trone une poupée un peu morbide, et se refaufile dans la forêt. Un parcours vraiment étonnant, auquel je ne m'attendais pas du tout. Je finis par déboucher au col de la Faucille. Quelques commerces sont ouverts, je dois absolument remplir mes réserves d'eau car demain et après-demain je risque de ne pas en trouver. Je m'installe à «La petite chaumière» pour prendre une consommation. Quand on me l'apporte, je demande à pouvoir remplir mes bouteilles d'eau, et ma grande surprise, la serveuse refuse, et dit qu'ils vendent des bouteilles mais ne donnent pas d'eau. En 30 ans et plus de randonnée, c'est la première fois qu'un bar refuse de me donner de l'eau alors que je consomme !!!! Du coup, je ne prends pas la pâtisserie que j'envisageais de prendre, et je repars vite. Je trouve la fontaine marquée sur la carte openstreetmap, et repart retrouver la nature.


Le petit train continue vers La Cure

Un bouquet de Gentianes de Koch



Le murs de pierre qui épousent le relief, un savoir-faire extraordinaire

Dans les beaux chemins




Une profonde faille dans laquelle passe le chemin




La poupée qui représente Notre Dame de la Neige

De profondes failles calcaires gardent de la neige





Vue sur le bassin lémanique depuis le grand Montrond

Vue en arrière depuis le grand Montrond. On devine la Dôle à droite de l'antenne




Le temps est toujours un peu couvert, il n'y a toujours pas grand monde (en fait juste une ou deux personne dès qu'on s'écarte du parking), et je remonte au grand Montrond, puis au Colomby de Gex. Il est bientôt 19h, et j'arrive en vue du col de Crozet. Je veux m'arrêter avant, car le col est trop défiguré par les installations de ski pour que j'ai envie d'y coucher, et ensuite le sentier passe dans une zone de quiétude où le bivouac est interdit. Je mets un peu de temps à trouver un espace à peu près plat, et avec de la vue sur le Léman. Je m'installe, prépare mon repas rapide (un peu de mal à allumer le réchaud car il y a un peu de vent qui éteint toujours mes allumettes), passe un ou deux appels téléphoniques, et hop, au lit. Il fait encore un peu jour, je tourne pour trouver une position correcte et empêcher le vent d'entrer dans mon duvet, et je m'endors.



Bivouac avec vue

Au matin, entre soleil et nuages


Samedi 14 mai

Assez bien dormi, dans la nuit j'ai aperçu les lumières de la ville, mais pas d'étoiles, le ciel était couvert. Je me réveille après un étrange rêve où un trail passait contre mon duvet. Un peu de temps à faire le point, car je suis dans le brouillard, dans les nuages plus exactement. Mon bivy est trempé, à l'extérieur mais aussi à l'intérieur, bizarrement. Heureusement, mon duvet n'est mouillé qu'extérieurement. On dirait que le ciel est clair du côté nord, mais de gros nuages remontent du Léman et viennent sur les crêtes. Je replie vite mes affaires (mouillées) et déjeune rapidement avec des céréales que j'avais apportées. Je commence à marcher vers 6h40. Au col de Crozet, défiguré par les aménagements pour le ski et que je passe au plus vite en raison de sa laideur, je vois une autre personne qui bivouaque. Elle semble encore dormir, je passe en silence. Je remonte rapidement au dernier téléphérique et je retrouve la nature. Les nuages et le soleil se battent toujours, la luminosité varie. Le paysage à l'approche du grand Crêt est très chouette, avec de larges fractures calcaires et des arbres qui ont été nanifiés par la rigueur de la météo. Je passe au Crêt de la neige, point culminant du Jura, mais pas spectaculaire, puis remonte au sommet du Reculet. Il y a quelques personnes, il est aux alentours de 9h.

Réveil dans le brouillard et l'humidité
Le chemin se perd dans le brouillard


En partant, le brouillard cache les installations du col de Crozet



Paysage typique près du grand Crêt



En arrivant vers le Reculet, le sommet est dans les nuages

Le chemin longe les grandes barres rocheuses, je vois des chamois en contrebas qui broutent tranquillement. Plus loin, les falaises sont plutôt du côté de la Valserine. Je fais un petit détour par la grotte de la Marie du Jura, toujours émouvante. Je vois qu'il y a l'espace pour faire un petit bivouac, sur des cailloux, mais je note ça pour une prochaine fois. C'est un bel endroit pour dormir, ou un refuge en cas de mauvais temps (mais délicat à atteindre par mauvais temps). Le chemin commence à descendre un peu, et je rentre dans une belle forêt mixte. Je passe différents refuges, mais aucun d'eux n'a de l'eau. Je discute un peu avec une dame qui marche en sens inverse et qui est parti la veille de Farges pour 9 jours en suivant le Jura. Beau projet, je l'envie un peu. Je fais une pause dans une clairière, et sort mes affaires de bivouac pour les faire sécher au soleil qui a maintenant gagné la partie contre les nuages. Avec le petit vent, tout sèche très vite pendant que je mange mon pique-nique. Je continue dans la forêt, puis retrouve des pâturages, et remonte vers le crêt de la Goutte où j'arrive vers 15h. Je suis bien en avance sur mes prévisions, je pensais passer une deuxième nuit en montagne. Du coup, je me pause longtemps au sommet, et j'hésite très longuement entre redescendre et le confort du retour à la maison, et rester attendre la nuit pour faire un autre bivouac. Un couple arrive, je parle avec eux et ils me disent qu'ils viennent de la gare de Bellegarde et ont mis 4 h pour monter. Du coup, je me décide à rentrer, ça ne vaut pas le coup d'attendre la nuit ici pour ne passer que 2 ou 3 heures de descente demain matin.



Un regard en arrière, au loin le sommet bien marqué du Reculet



La grotte de la Marie du Jura se trouve sous l'éperon rocheux le plus éloigné



Vue de l'intérieur de la grotte



Encore une vue en arrière



Vers le crêt de la Goutte, la vue embrasse tout le bassin lémanique


Les arbres torturés près du crêt de la neige

Au sommet du crêt de la neige, belle vue sur la Valserine


La descente est assez raide, et mon genou gauche se rappelle à mon bon souvenir. Le chemin passe près d'une grosse carrière qui a visiblement grandi, car le sentier indiqué par mon GPS n'existe plus. Je perds un peu de temps à trouver un chemin alternatif, mais je finis par m'y retrouver. Au fur et à mesure que je descends la température augmente, jusqu'à devenir pénible. J'arrive à la gare de Bellegarde vers 18h20. Il fait frais dans la gare, grâce à la climatisation qui fonctionne alors que toutes le 4 portes vers l'extérieur sont ouvertes ! J'hésite entre le train pour Genève, qui m'oblige ensuite à en prendre un autre pour l'aéroport puis prendre mon vélo pour rentrer, et le bus TER qui va directement jusqu'à son terminus à 3 mn à pied de chez moi. Je me décide pour le bus, que je n'ai jamais pris avant. Mauvaise pioche ! On part déjà 10 mn en retard alors que nous ne sommes de 6 à bord, le bus fait tous les détours possibles et prend 1h30 pour aller de Bellegarde à Ferney, et on doit supporter la radio NRJ qui diffuse du bruit insupportable, entrecoupé toutes les 3 mn d'une annonce enregistrée rappelant que le masque est obligatoire ! C'est sûr que je ne reprendrai jamais ! Enfin, me voilà de retour, et j'apprécie la douche et mon lit. La balade est finie, c'est le complément de celle entre Bellegarde et Culoz faite il y a quelques années.

Distance totale: environ 25 km et 1500 m de D+ et 1200 D- le 1er jour, et 34 km et 1300 D+ et 2500 D- le second jour.


Le soleil joue avec les nuages

En bas, Bellegarde se révèle, dans les méandres du Rhône


Vue générale de l'itinéraire. Cliquez pour voir en plein écran.