Descente du Rhône en canoé, 9 et 10 septembre 2016



Textes et photos par Philippe Quaglia. Tous droits réservés.

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Vendredi 9 septembre

Je suis content car Laurent a accepté de venir me rejoindre pour descendre le Rhône depuis Genève. Nous avons 3 jours devant nous, j'espère que nous pourrons aller au moins jusqu'à Culoz, voir Aix-les-Bains par le canal de Savière. Comme nous n'avons pas de voiture, nous sommes obligés de nous arrêter à une ville reliée à Genève par une gare, soit sur notre parcours: Bellegarde, Seyssel, Culoz ou Aix-les-Bains.


Laurent se lève à 5h du matin pour enchaîner train de banlieue et TGV depuis Paris, et arriver à Genève vers 10h30. Je pars de la maison à vélo avec le canoë et tout le matériel sur la remorque de mon vélo. C'est une remorque pliable, que je compte embarquer, elle nous permettra de porter le bateau lorsque nous devons contourner les barrages. Je laisse le vélo à la gare de l'aéroport de Genève et un train me mène rapidement à Genève Cornavin. Je retrouve Laurent, nous faisons quelques achats de nourriture, puis nous descendons au bord du Rhône. Nous trouvons une rampe d'accès très bien placée juste avant le Pont-sous-Terre, et nous préparons tout. J'avais peur que nous n'arrivions pas à arrimer sur le bateau nos deux sacs à dos et la remorque, mais finalement nous y arrivons sans trop de problème, c'est parfait.




En cours de préparation.




Les sacs et la remorque sont chargés, nous voilà près à embarquer.




Rapidement, nous nous trouvons en pleine nature, l'eau est d'un
bleu profond.




Après avoir passé l'Arve, l'eau change de couleur, il y a plus
de matière en suspension.



Je suis toujours étonné de la transition très rapide entre le centre-ville de Genève et la nature «sauvage» des bords du Rhône. Après quelques centaines de mètres à peine, on se retrouve au milieu d'une rivière bordée de beaux arbres, avec de nombreux hérons, et toutes les traces d'urbanisation ont disparu. Il nous faut environ deux heures pour arriver au barrage de Verbois. Nous sommes un peu inquiets de ne pas trouver d'endroit pour débarquer. Finalement nous accostons juste avant le barrage sur le débarcadère des bateaux touristiques qui font la liaison Genève-Verbois. Nous faisons une petite pause pique-nique, puis nous installons le bateau sur la remorque, et nous roulons quelques centaines de mètres pour retrouver le cours du Rhône. La remorque est bien pratique, nous aurions eu du mal à faire ce trajet sans elle. Nous voilà repartis, en dessous du barrage il y a de nouveau du courant, nous avançons sans avoir besoin de trop ramer.45 mn plus tard environ, nous arrivons au barrage de Pougny-Chancy. Cette fois, un panneau indique clairement l'endroit où il faut débarquer, il y a une petite rampe. Les man½uvres pour charger le bateau sur la remorque sont super rapides, nous voilà sur le chemin qui longe le barrage. Nous discutons un moment avec un habitué de la descente du Rhône, qui nous donne quelques conseils bien utiles pour passer le seuil de Pougny, un peu plus loin. La remise à l'eau se fait juste en dessous du barrage, à côté de la passe à poissons et castors. Il y a un bon courant, c'est agréable.



Remise à l'eau juste après le barrage de Pougny-Chancy, il y a du
courant. Laurent en profite pour se rafraichir.




Le barrage derrière nous.



Comme conseillé, nous faisons une petite pause juste avant le seuil de Pougny, pour aller voir à pied comment il faut le passer. Je remarque d'ailleurs que c'est le terminus du bus K, il est donc possible de faire une descente entre Genève et ce point et de rentrer en transport public. Nous nous lançons dans le passage du seuil, c'est amusant, ça secoue un peu et nous embarquons quelques litres d'eau, mais tout se passe bien. Ensuite, le lit du Rhône s'élargit un peu et le courant se calme, nous devons ramer pour avancer. Nous approchons du défilé de l'écluse, c'est très beau, les hérons nous regardent passer, la végétation est opulente et la lumière très belle. Nous passons sous le fort l'Écluse, et nous arrivons au niveau de l'élégant viaduc de Longeray. Un train de fret passe, Laurent est très content de ce point de vue unique. Nous continuons la descente, les parois se resserrent, nous devons commencer à chercher un endroit pour la nuit, car nous pensons que nous n'arriverons pas à passer Bellegarde avant la nuit. Nous allons explorer un petit affluent, et nous nous retrouvons dans un petit canyon étroit de toute beauté.



Petite pause avant le seuil de Pougny
pour vérifier si ça passe, et où.





Le courant disparait vite, il faut de nouveau ramer.
Au fond apparait Fort l'Écluse.




Le pont de chemin de fer de Longeray.




Fort l'Écluse vu du sud.




Fort l'Écluse entre les piliers du viaduc de Longeray.




Petite exploration d'un affluent...




qui devient un très beau canyon.




En ressortant de l'affluent.




Navigation sous les arbres.



Nous passons un petit pont suspendu, le pont de Grésin, réservé aux piétons et cyclistes, et nous trouvons une petite plage quelques mètres plus loin. Nous explorons un peu le lieu, nous ramassons du bois mort, et nous préparons un feu. Nous remontons le bateau de quelques mètres sur la plage, et nous le mettons à l'envers pour qu'il s'égoutte bien. La nuit tombe doucement, nous nous installons pour dormir. Nous n'avons pas de tente, Laurent n'a pas un équipement très chaud, il se colle contre le feu. Nous entendons pas mal de mouvements d'animaux dans les bois, et des poissons qui font des grands «splash» dans l'eau. Dans la nuit, le bruit de l'autoroute qui est pourtant à plusieurs km semble se rapprocher. Nous finissons par dormir.



Notre «plage» un peu en-dessous du pont de Grésin.





La nuit tombe sur notre campement.




Samedi 10 septembre

Vers 6h du matin, le ciel commence à s'éclaircir, et je me redresse pour regarder les alentours. Je suis alors étonné par un reflet sur l'eau...à quelques dizaines de cm de moi. L'eau était bien plus loin dans mes souvenirs. Laurent se réveille aussi, et me confirme ce que je vois: l'eau est montée pendant la nuit. Nous nous levons rapidement, pour constater que la plage à presque disparu, et que l'eau se rapproche bien de nous. Je récupère le sac à dos de Laurent qui est déjà au tiers dans l'eau, et nous ne pouvons que constater que le bateau à disparu !




L'eau est à quelques dizaines de cm de notre feu.




Vue de notre campement depuis le pont de Grésin, la plage a disparu.



Je monte sur le pont pour scruter les environs, mais pas de trace du bateau ! Nous déjeunons rapidement, alors que l'eau continue de monter lentement. Elle doit être environ 1.5 m plus haute qu'hier. Nous rassemblons nos affaires, heureusement nous n'avions rien laissé dans le bateau, nous avions utilisé les rames pour faire un étendoir à linge, ce qui nous a évité de les perdre. J'attache tant bien que mal ma remorque pliée sur mon sac à dos, et nous essayons de suivre la rive du fleuve pour retrouver le bateau. Cependant, après même pas un kilomètre, les rives sont si abruptes que nous ne pouvons plus les suivre. Nous devons remonter, et même cela n'est pas facile du tout, nous nous agrippons aux arbres pour progresser. Après pas mal d'efforts nous rejoignons une route, et de là nous marchons jusqu'à Bellegarde. Nous passons un moment à scruter le fleuve depuis le fleuve qui l'enjambe. Les rives sont abruptes, je ne sais pas si nous aurions pu descendre, mais nous ne voyons aucun signe du bateau. Nous allons à la police municipale déclarer cette perte, pour éviter que des recherches soient lancées si le bateau est découvert. Nous donnons son signalement, et indiquons qu'il est sans doute à l'envers. Il n'y a plus rien à faire. Laurent décide de rentrer à Lyon, et je reprends le train pour Genève. Nous sommes assez déçus, mais nous nous disons que nous nous en sommes bien tirés, et que cela nous servira de leçon...


Mardi 13 septembre: épilogue

Hier soir en rentrant du travail j'ai trouvé un message de la gendarmerie me disant que mon bateau avait été retrouvé. Je suis donc allé à Bellegarde pour le récupérer. Les gendarmes m'expliquent que le bateau est arrivé à Bellegarde le samedi soir, vers 20h. Il était à l'envers, et malheureusement, la déclaration que j'avais faite à la police municipale ne leur avait pas été transmise. Du coup, ils ont fait des recherches avec un bateau des pompiers, heureusement pendant pas trop longtemps. J'ai pu récupérer le bateau qui semble en bon état. Nous avons bien appris la leçon, heureusement sans conséquence.



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