Traversée des Pyrénées sur la HRP et un peu du GR10, du 10 août au 23 septembre 2020



Textes et photos par Philippe Quaglia. Tous droits réservés.

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Le trajet en détail

Voilà un tableau récapitulatif des différentes étapes, ainsi que leur tracé sur une carte.



Vendredi 7 août 2020

Après une dernière nuit à la maison, difficile de nous quitter. Marielle m'accompagne à la gare, un dernier verre, et je pars. Première étape à Lyon, où je me balade un peu. Il fait très chaud. Agréable soirée à Solaize, Olivier et Maryline nous rejoignent. Beau ciel, chaleur.



Samedi 8 août 2020

Départ tôt de Solaize pour la gare de Lyon Part-Dieu. Toujours un ciel magnifique. Trajet masqué, pénible. Longue attente à Toulouse, il fait très chaud et je déambule avec mon sac et mes grosses chaussures, pas très pratique. Je me réfugie dans la fraîcheur d'un cinéma. Suite du trajet en TER climatisé, belles vues sur les Pyrénées, je suis un peu impressionné en pensant que bientôt je serai là-bas. Arrivée à Bayonne, François et Yves me récupèrent. Soirée très sympa chez François, avec Yves, Karine et Camille et son amie Lola.




Dimanche 9 août 2020

Journée chez François. Baptiste vient nous voir, je ne l'avais pas vu depuis des années. Après-midi à la plage, longue baignade dans les vagues, super ! Chouette repas, et derniers préparatifs, cette fois le départ devient vraiment concret.




Lundi 10 août 2020, de Hendaye au col de Descargua

Train pour Hendaye. Nous longeons la mer, les plages sont pleines de cours de surf. Nous descendons pour prendre la photo du départ, les pieds dans l'eau. Nous partons effectivement un peu avant 11h30. Le temps est couvert mais il fait chaud, nous transpirons beaucoup. Le chemin est vallonné, et nous sortons assez vite de la ville. Nous arrivons dans le village de Biriatou, avec son beau fronton. Le village domine la vallée de la Bidassoa qui délimite la frontière avec l'Espagne. Nous pique-niquons dans les tribunes en face du fronton. Nous rencontrons deux jeunes suissesses qui sont également parties de Hendaye et qui font le GR10 jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. Nous les rencontrerons encore à de multiples reprises ces prochains jours. Nous continuons dans la chaleur lourde, le paysage est varié, nous avons vite quitté les zones urbanisées. Nous passons à une venta au col d'Ibardin, un lieu assez surréaliste où se concentrent des magasins (tabac, vêtements, alcool) du côté espagnol de la route, avec des voitures partout et une foule de personnes. Horreur à fuir au plus vite ! Heureusement, nous retrouvons assez vite la nature, nous approchons de la Rhune, le sommet touristique de la région. Le soir approche, nous finissons par trouver un endroit plat où poser nos tentes, à la croisée de plusieurs chemins. Le sommet de la Rhune est tout proche, la vue est belle. Repas du soir agréable, nous sommes un peu surpris de voir passer des promeneurs encore tard le soir, alors que la nuit tombe.


Yves et François sur la plage à Hendaye
Moi au départ d'Hendaye


François, alors que nous nous élevons au-dessus de l'océan



Mardi 11 août 2020, du col de Descargua à Aïnhoa

Il pleut un peu pendant la nuit mais c'est fini lorsque nous nous levons vers 7h30. Il y a déjà des randonneurs qui passent. La journée s'annonce chaude. Petit-dèj' et préparation pas très rapide, nous partons vers 9h15, d'abord par une descente vers Olhette. Il y a beaucoup de randonneurs, qui vont tous vers la Rhune. Nous voyons de nombreux pottöks, les petits chevaux basques, en liberté dans la montagne. Il y a aussi des arbres magnifiques, châtaigniers, platanes, etc. Nous arrivons à Sare, il y a du monde partout, il fait chaud, les restaurants sont complets, la petite surface fermée. Nous nous affalons à l'ombre d'un arbre, et nous passons pas mal de temps, un peu assommés par la chaleur et découragés. Nous ne trouvons qu'un gâteau basque pour manger. Nous en profitons aussi pour faire sécher les tentes. Il fait chaud et humide, on transpire sans bouger. Nous repartons vers 15h30, par de beaux sentiers empierrés. Très beaux paysages, vallonnés. Nous longeons un peu la frontière, et nous arrivons à Ainhoa vers 18h45. Nuit au gîte.



Yves et François devant les tentes au matin



Mercredi 12 août 2020, de Aïnhoa à Bidarray

Après une bonne nuit et un petit-déjeuner au village, nous partons vers 8h45. Après une montée raide, nous passons à côté d'une jolie chapelle, puis au col des 3 croix. Il fait beau et moins chaud, le parcours est très beau, notamment sur la crête avant de rejoindre la frontière. On voit encore l'océan au loin, et devant nous de belles promesses de paysage. Il y a également de nombreux vautours, impressionnants à regarder. Je reprends plaisir et confiance après le petit découragement d'hier. Nous déjeunons dans la belle ferme Esteben, où de nombreux animaux s'épanouissent dans la cour (paons, cochons, oies, chiens, etc.). Nous croisons un marcheur au long court, parti de Niort le 1er juillet, qui va à Saint-Jacques de Compostelle et retour. Nous rejoignons un profond ravin aux bords abrupts, avec encore de nombreux vautours aux vols spectaculaires. Le chemin très escarpé descend dans le ravin. En bas, nous nous baignons dans une belle rivière avant d'arriver à Bidarray. Nuit dans un gîte sympa. Le soir, nous sommes en vigilance orange orages.


Au col des trois croix
Sur la belle crête, avec au fond, l'océan
Au bord du ravin avant Bidarray
et un peu plus tard, en bas du ravin



Jeudi 13 août 2020, de Bidarray à Saint-Étienne-de-Baïgorry

Finalement, la nuit a été calme, les orages prévus nous ont épargnés. Le temps est couvert et frais, idéal pour marcher. Après une montée raide, nous rejoignons une longue ligne de crête frontalière que nous allons suivre toute la journée. Il y a toujours beaucoup de vautours fauves au vol majestueux. Nous ne nous lassons pas de les regarder. Il y a aussi pas mal de pottöks. Belle journée encore, avec une longue descente sur Saint-Étienne de Baïgorry. Le soir au gîte nous mangeons avec quelques-unes des personnes que nous croisons régulièrement sur le chemin depuis le départ. Je me rends compte que tous s'arrêtent demain. Dominique, qui voulait continuer jusqu'à Luchon, s'arrête ce soir car blessé. Je vais bientôt me retrouver seul...


François sur le chemin vers la crête
Un des fameux pottöks
Sur la crête, Yves...
et François


Au milieu des fougères



Vendredi 14 août 2020, de Saint-Étienne-de-Baïgorry à Saint-Jean-Pied-de-Port

Petit déjeuner moyen au gîte, petites courses avant de partir et départ vers 8h50. Le ciel est chargé. Nous commençons par une bonne montée assez raide. Nous observons des vautours sur un rocher, très chouette avec ma longue-vue. Plus haut, nous nous retrouvons dans les nuages, mais le balisage est toujours impeccable, impossible de se perdre. Nous mangeons au sommet, dans les nuages, sous l'oeil curieux de gros chevaux. C'est le dernier sommet pour Yves et François. Nous sortons des nuages en redescendant, et il commence à faire chaud. Je discute un moment avec un marcheur à la coupe punk, avec 3 chiens, sympa et vraiment libre, il marche toute l'année. Plus loin, un couple chargé de leurs enfants sur les épaules et tirant une grosse carriole nous font penser à des pénitents, tout le contraire de la liberté ! La fin de la marche se fait sur route, pas très agréable, jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. Beaucoup de monde, des voitures, etc. Nous recroisons une dernière fois des compagnons de route, dont les suissesses. Je fais le point pour la suite, des courses de vivres. J'ai de la peine à réaliser que je vais continuer seul. Le soir, restaurant ensemble, et bonne nuit au gîte.



En sortant de Saint-Etienne, début de la dernière étape pour Yves et François



Samedi 15 août 2020, de Saint-Jean-Pied-de-Port au bord du torrent en bas du col d'Irau

Après un bon petit-déjeuner au gîte, je quitte Yves et François avec émotion. Le temps est couvert, je pars en direction de l'est d'abord par une route. Après un moment, je rattrape Olivier, qui était dans le groupe des marcheurs depuis Hendaye et qui va lui aussi jusqu'à la mer, par le GR10. Il veut changer de métier et devenir accompagnateur de moyenne montagne, cette randonnée fait partie de sa préparation. Plus loin, je m'aperçois que j'ai laissé mon chèche au gîte, je suis triste et embêté, car c'est mon couvre-chef, contre le soleil et le froid. Je fais une pause à Esterenbuy pour une menthe à l'eau, puis je passe au gîte de la Kaskoletta, fermé d'après internet. Pourtant, Olivier à réussi à y réserver le repas du soir. Plus loin, je croise 1 gars et 2 filles qui arrivent de la mer par la HRP. On discute un peu, je suis impressionné et les envie un peu. Je trouve un bel appareil photo, au milieu des broussailles. Le temps tourne doucement à l'orage, je trouve un emplacement pour la tente au bord du chemin, dans un vallon au bord d'un ruisseau où je fais ma toilette. Il n'y a ni réseau téléphonique, ni radio, heureusement que j'ai ma liseuse. Il pleut la majeure partie de la nuit. Le torrent tout proche fait pas mal de bruit, je finis par mettre mes bouchons d'oreille.



Sur le chemin, sous les nuages, je retrouve Olivier



Dimanche 16 août 2020, du bord du torrent en bas du col d'Irau au Col Bagargui (Iraty)

Au matin il ne pleut plus, mais le ciel est très chargé. Je range la tente mouillée, et part vers 8h30, dans le brouillard. Arrivé à un col, puis une petite route. Une voiture s'arrête pour me demander la météo (?), j'en profite pour leur donner l'appareil photo trouvé hier, trop lourd pour que je le garde. Plus loin je discute avec Julien et Laurent qui démontent leur tente, je les avais déjà vus sur le sentier quelques jours auparavant. Lente montée dans le brouillard, avec de nombreux chevaux, et de beaux paysages de landes herbeuses. Plus haut, le brouillard se dissipe et le ciel est bleu, magnifique. Je passe près des Cromlechs d'Occabé. Au sommet, je me sers de mon téléphone portable pour la première fois, pour prendre et donner des nouvelles à la famille. Descente dans la très belle forêt d'Occabé, la plus grande hêtraie d'Europe. Pause au soleil pour faire sécher la tente sur des fougères. Aux chalets Pédro, endroit assez touristique, je mange une spécialité locale, une très bonne galette aux légumes. Belle marche ensuite jusqu'à Iraty. Il y a un chalet de la LPO, une bénévole me présente le travail qu'ils font à ce col, en comptant chaque année le passage des oiseaux migrateurs. Nuit au gîte, et repas au restaurant, avec un autre marcheur parti de Saint-Jean. Olivier est également au gîte, nous ne sommes que 3. Pendant le repas, nous voyons un impressionnant nuage d'oiseaux qui tournent au-dessus du col, il semble que ce sont des cigognes noires.



Le brouillard se dissipe sur les landes d'Occabé

Un beau paysage de landes herbeuses



Lundi 17 août 2020, d'Iraty à la cabane d'Ardané

Cette fois, les choses sérieuses commencent, je quitte le GR10 et attaque la HRP. Je prends le petit-déjeuner au restaurant, et pars sur la trace. Dès le début, mon GPS m'inquiète: la batterie n'affiche qu'une barrette (sur 4) alors que je l'ai rechargé toute la nuit. Heureusement pour cette journée, j'ai une carte. Le chemin n'est pas facile à trouver, parfois il n'y a rien et je m'égare dans des traces de moutons. Ça change du GR avec ses marques tous les 200 mètres ! Heureusement, je me recale sans problème avec le GPS. Une fois sur la crête, je l'arrête, il faut simplement la suivre jusqu'au sommet du Pic d'Orhy, le premier 2000 des Pyrénées quand on vient de l'océan. Il a fallu une semaine pour l'atteindre ! Le chemin est parfois aérien, il faut faire attention car un fort vent souffle, qui déstabilise. Je dois me mettre à quatre pattes pour quelques courts passages. Pour la 1re fois depuis le départ, je ne suis plus en T-shirt. Sur l'arête du Pic, le chemin est bien visible et j'atteins assez vite le sommet. Il y a un peu de monde, qui vient du Port (col frontière) en dessous. Le vent est trop fort pour que je profite bien du sommet, un dernier regard vers l'océan (c'est la dernière fois que je le verrai) tout au fond et je redescends. J'arrive au Port vers 12h30, ça me rassure car je suis plus rapide que les temps indiqués dans le topo-guide. Pause repas, le vent souffle toujours très fort, et j'hésite entre continuer par l'arête et prendre une variante passant sous la crête, moins intéressante mais où je serai à l'abri du vent. Une rafale encore plus forte me fais me décider pour la variante. Le paysage est très beau, je vois au loin les chalets d'Iraty d'où je suis parti ce matin, et qui me semblent déjà super loin. Cette seconde partie ne pause aucune difficulté, je suis une piste qui me conduit à la petite cabane d'Ardané où j'arrive assez tôt. Non gardée, elle est rudimentaire avec deux bas-flancs superposés et une table. Un ruisseau coule devant, et plus haut il y a une bergerie, avec un grand troupeau rassemblé devant, des bergers semblent examiner les moutons. Un peu plus tard, les moutons sont relâchés, et c'est une vague blanche et bruyante (cloches, bêlements, etc.) qui se répand dans la vallée. Quelques brebis curieuses viennent me voir pendant que je prends mes notes ou me lave. Arrivent aussi un groupe de 2 marcheurs (1 allemand, Yannick, et 1 lituanien) puis 1 français, Philippe, que j'avais déjà vu à Iraty. Une brebis curieuse et gourmande vient nous voir et essaie de manger toutes nos affaires (linge qui sèche, sac à dos, provisions, etc.), nous devons nous mettre à 4 pour la chasser. La nuit, le vent souffle très fort, je suis content d'être abrité.


En partant d'Iraty, le sommet du Pic d'Orhy est bien visible à gauche

Un coup d'oeil en arrière, vers l'océan et Iraty

En quittant le sommet du Pic d'Orhy
La petite cabane d'Ardané



Mardi 18 août 2020, de la cabane d'Ardané aux sources de la Marmitou

Au matin, il n'y a plus de vent, et plus aucun mouton non plus, comme s'ils avaient tous été emportés. Départ assez tôt de la cabane, je rattrape Philippe, et nous marchons ensemble. Il fait beau, le soleil qui se lève caresse les sommets et la crête devant nous. Nous atteignons un premier col, et ensuite nous devons souvent utiliser le GPS car il n'y a pas de sentier, juste des traces de moutons souvent trompeuses. La trace joue à saute-moutons avec la frontière, nous basculons d'un côté ou de l'autre. Je vois le premier groupe d'isards de cette traversée, puis la première marmotte, c'est super. Le paysage est très chouette, j'aime marcher sur les crêtes. Plus loin, nous arrivons à un endroit un peu plus fréquenté, et nous rejoignons le refuge de Belaga, qui ouvre tout juste, après des années de réparation. On a l'impression que c'est le premier jour, il y a encore des ouvriers au travail. On en profite pour manger (tortilla et riz au lait, miam). Je quitte Philippe qui continue vers la Pierre Saint Martin, pour partir vers le col d'Aynes. Le chemin est marqué, c'est un bout du GR12, mais je me retrouve très vite seul, dans une forêt très dense de hêtres. Je monte ensuite vers un dédale kartzique impressionnant. Cela ressemble un peu au cirque d'Archiane, en sud Vercors, en plus grand. Les sapins remplacent peu à peu les hêtres. Heureusement qu'il y a un balisage, le paysage est un vrai labyrinthe, on pourrait s'y perdre pour toujours. Je vois une nouvelle horde d'isards, avec des petits, je peux les observer avec ma longue vue, c'est magnifique. Il y a aussi d'étonnants chardons bleus, vraiment bleus, y compris leur tige, je n'en n'avais jamais vus de pareils. J'atteins enfin le col, le ciel est chargé, mais ne semble pas menaçant. Dans la descente, je prends le temps d'observer plusieurs marmottes bien grasses. J'atteins enfin la source de la Marmitou, je trouve un bel endroit pour mettre la tente, et fait un peu de toilette, lessive, etc. Toujours ni réseau ni radio. Yannick et son ami lituanien arrivent un peu plus tard et campent pas très loin. La nuit, il y a encore pas mal de vent, qui fait du bruit dans la tente. Mon matelas se dégonfle lentement, je ne dors pas très bien.



Des chardons bleus vraiment tout bleu !

Dans le dédale kartzique sous le col d'Aynes

Un bel emplacement pour la tente



Mercredi 19 août 2020, des sources de la Marmitou à Lescun

Toujours du vent le matin, mais grand beau temps. C'est une petite journée qui m'attends, une simple descente vers Lescun. De beaux troupeaux paissent dans la montagne, notamment tout un groupe d'ânes, très haut sur les pentes. Près d'une bergerie, un gros troupeau de moutons, avec un patou qui me part après. Heureusement, il s'arrête à 1 m de moi, et je recule prudemment puis il se retire. Magnifique descente, sur des chemins empierrés, avec de belles cascades. En bas, j'arrive au plateau de Sanchèse, très beau. Ensuite, je suis une petite route jusqu'à Lescun, il y a de très beaux panoramas sur les alentours. Le village est joli, mais il y a trop de voitures. Pas de carte de la suite du parcours à l'épicerie, pas de réseau non plus. Je pose mes affaires au gîte vers 12h, et fait une grande lessive de toutes mes affaires, qui sèchent au soleil l'après-midi. Je finis par trouver un endroit où j'ai un peu de réseau, ce qui me permet de réserver quelques refuges pour la suite, et de prendre des nouvelles. Je vois Yannick et le lituanien, ils cherchent un gîte ou dormir mais tout est complet. Je fais des courses, recharge les appareils, me repose. Pendant le repas, je discute avec un couple de jeunes qui commencent la randonnée. La nuit je suis seul dans la chambre, covid oblige, dans un grand lit double. Bonne nuit.


Sur le plateau de Sanchèse, le chemin descend entre ces aiguilles

Un beau panorama en arrivant à Lescun



Jeudi 20 août 2020, de Lescun au refuge d'Arlet

Le temps est radieux ce matin, il fait très doux. Je pars vers 7h30, dans un très beau vallon que je remonte jusqu'au col de Pau. Nombreux chevaux et vautours dans les rochers. Je croise un couple qui randonne avec de jeunes enfants et un âne. Une plaque émaillée rappelle que pendant la guerre d'Espagne, de nombreux civils ont fui la guerre à travers ces montagnes dans des conditions parfois terribles. Passé le col, le chemin est plus ou moins à niveau, sur une petite crête, très jolie. Alors que je pique-nique, je vois arriver Philippe avec qui nous avions marché il y a deux jours. Contents de nous retrouver, nous repartons ensemble. Le refuge est joliment situé au bord d'un lac. Accueil sympa, on monte la tente sur l'aire de bivouac. Je me baigne, frais mais revigorant. Un gamin me voyant rentrer dans l'eau dit à sa mère, en parlant de moi: «regarde, le papy y va». Ç'est la première fois que ça m'arrive, ça me file un coup de vieux ! Le vent commence à souffler très fort, cela devient pénible. Il commence à y avoir beaucoup de monde, de tentes, surtout des Espagnols. Petit coup de déprime au milieu de tout ce monde. Le repas au refuge est très copieux. La nuit est très pénible en raison du vent qui se déchaîne. La tente est secouée dans tous les sens, les arceaux ploient, le bruit est impressionnant. Je la renforce du mieux que je peux en utilisant ma corde à linge pour rajouter des haubans, et en vissant le tire-bouchon de mon couteau suisse dans le sol pour y arrimer ces haubans (toutes mes sardines sont prises). Très peu dormi, par contre dehors, le ciel est clair, magnifiquement étoilé.



Une plaque émaillée nous rappelle que ces chemins ont été utilisés par de personnes fuyant la guerre civile espagnole

Un agréable chemin sur une jolie crête

Le joli refuge d'Arlet, idéalement situé au bord d'un lac



Vendredi 21 août 2020, du refuge d'Arlet à Candanchu

Au matin, le vent est toujours fort, je démonte la tente, toujours intacte, avec soulagement. Apparemment, certaines ont été cassées pendant la nuit. Le temps est toujours très beau. Je pars de nouveau avec Philippe, nous voyons encore des troupeaux de moutons avec des patous qui heureusement restent au loin, des chevaux et leurs poulains et deux gypaètes. Le sentier est très beau, nous suivons une jolie crête puis belle descente dans la vallée d'Espélunguère. En bas, Philippe prend un autre chemin, nous nous séparons de nouveau. Je pars en direction du lac Ibon de Estanès, par le pas de l'Echelle. Je retrouve Yannick, l'allemand. Son ami lituanien a disparu dans la nuit sans rien lui dire, sans doute que sa tente s'est cassée. Nous atteignons le lac, très beau avec les montagnes rougeâtres en arrière-plan. Longue pause, nous faisons un peu plus connaissance. La suite du chemin est assez vallonnée, un peu longue, puis nous arrivons à Cadanchu, station de ski très laide, avec des pistes où le sol est dévasté. Petite pause pour nous restaurer dans un bar, et nous allons au gîte. Nous y retrouvons Philippe, arrivé via le Somport ! Soirée calme, il n'y a que nous. Petites courses, lessive. Le soir, le ciel se couvre, tout devient gris.


En passant le pas de l'Echelle, derrière nous les montagnes d'où nous venons ont des teintes rougeâtres

Au bord du lac Ibon de Estanès



Samedi 22 août 2020, de Candanchu au refuge de Pombie

Il a un peu plu pendant la nuit, et ce matin nous sommes dans les nuages. Je marche de nouveau avec Philippe. Nous remontons vers le col du Somport, il y a du monde car nous sommes samedi. Les nuages se sont dissipés, le ciel est bleu immaculé. Il n'y a aucune trace d'avions, le trafic n'a pas repris. Belle montée vers le col des Moines, où il y a foule. Nous le quittons vite. Il y a une très belle vue sur le Pic du Midi d'Ossau, que nous verrons toute la journée, de plus en plus proche, jusqu'à ce soir où nous dormirons à son pied. Vu de près, il n'a plus très belle allure. Au bord d'un petit lac, nous laissons la priorité à un troupeau de moutons menés par un patou débonnaire. Descente vers une bergerie où nous faisons une pause pique-nique avec Yannick, puis remontée très raide. En arrivant à un col au-dessus du refuge de Pombie, il y a de nouveau pas mal de monde. Baignade dans le lac, lessive, j'essaie de trouver la fuite à mon matelas gonflable, mais en vain ! Il y a foule pendant le repas, le gardien est super stressé et pas sympa. Il a pris mon linge que j'avais mis à sécher sur une corde à linge à l'entrée de la tente marabout sous laquelle je dors (installée par le refuge), et me fait tout un cinéma pour me le rendre ! Bonne nuit néanmoins (nous ne sommes que 3 sous le marabout, alors que le gardien à dit à Philippe qu'il avait dù refuser du monde...), par contre il fait bien frais, gel le matin sur les tentes.


Les nuages se dissipent quand nous arrivons au Somport
Moutons groupés par un chien perfectionniste

Le pic du Midi d'Ossau règne en maitre sur le panorama

Le pic du Midi d'Ossau, un nuage a son pied
Le refuge de Pombie, et son lac



Dimanche 23 août 2020, du refuge de Pombie au refuge d'Arrémoulit

Petite étape ce matin, j'ai décidé de prendre la variante 2 de mon topo-guide pour éviter deux cols marqués comme difficiles. Philippe va arrêter aujourd'hui en prenant un bus dans la vallée du Portalet, je le salue donc. Je prends mon temps pour partir, afin de marcher au soleil dès le matin. Descente assez rapide vers la route du col du Portalet. Je discute un peu avec un berger, assez content qu'il soit là pour maîtriser ses deux patous. Ses autres chiens viennent se faire caresser. À la route, je revois Philippe à l'arrêt de bus, le temps d'échanger quelques mots, le bus arrive. Je remonte sur l'autre flanc de la vallée, d'abord dans une forêt à l'ombre, puis dans de beaux pâturages avec des vaches. Pause dessin, et autre pause au bord du lac d'Arrious. Je retrouve Yannick, et nous passons ensemble le fameux passage d'Orteig, quelques dizaines de mètres assez raides. C'est impressionnant mais pas difficile, d'autant plus qu'un câble permet de s'assurer. Nous arrivons alors au refuge d'Arrémoulit, au bord d'un beau lac encore. Par contre, l'eau est plus froide que les autres jours, en-dessous de 16°C, je ne me baigne pas. On mange un gâteau. Yannick repart pour aller au refuge suivant, je reste. Des randonneurs à la journée, arrivés par le train d'Artouste dont le terminus n'est pas très loin, prennent un goûter. Lorsqu'ils sont repartis, le refuge est calme, le gardien sympa, on discute un peu.



Yannick au début du passage d'Orteig

Vue sur le bassin autour du lac d'Arrémoulit. Le refuge est au bord du lac, à gauche. Au fond dans un V bien marqué, le col d'Arrémoulit où je passerai demain



Lundi 24 août 2020, du refuge d'Arrémoulit au refuge Wallon, en passant par la grande Fâche

Après une bonne nuit au refuge, je pars assez tôt pour cette assez longue étape. Je croise un peu plus loin Mohamed, qui a bivouaqué, et qui parcours aussi en partie la HRP. Son sac fait 8kg, un record ! Nous allons faire le même chemin aujourd'hui, mais pourtant nous n'allons pas nous voir. Petite remontée vers le col d'Arrémoulit, puis descente en Espagne. J'observe des marmottes peu craintives. Ensuite, c'est un magnifique sentier en balcon qui me fait remonter une belle vallée. On passe à côté d'un gros refuge (Respomuso), et la montée continue jusqu'aux lacs de la Fâche où reste un beau névé, avant d'atteindre le col de la Fâche. J'y laisse mon sac pour monter au sommet de la grande Fâche. Cela me prend plus de temps que prévu, le rocher est tout délité, le chemin pas évident à trouver et certains passages un peu aérien. Au sommet, le panorama est grandiose, montagnes à 360°. On voit le pic du midi d'Ossau et le pic du midi de Bigorre. Je redescend avec une personne rencontrée au sommet, à deux cela nous paraît plus facile. Je récupère mon sac au col et commence la grande descente dans le vallon du Marcadau. Le refuge est en travaux, mais il y a de très beaux endroits où bivouaquer près d'une belle rivière. Je retrouve Yannick arrivé par une autre vallée. Le temps est toujours au grand beau, je me couche vite, la journée a été longue, je n'ai quasiment pas fait de pause depuis mon départ ce matin.


Deux lacs du côté espagnol, celui du fond est le lac de Respomuso

Un reste de névé au bord du lac de la Fâche. L'échelle est trompeuse, le chemin après le névé donne une idée de la taille de celui-ci
Je me fais photographier au sommet de la grande Fâche

Panorama vers l'ouest depuis la grande Fâche. On voit le pic du midi d'Ossau

Depuis le sommet, début de la descente un peu a-pic. Tout en bas, les deux lacs de la Fâche
Bivouac au bord d'une belle rivière


Deux beaux arbres qui dansent ensemble



Mardi 25 août 2020, du refuge Wallon au refuge de Bayssellance

La nuit est calme mais un peu fraîche, et au matin le ciel est toujours uniformément bleu. Belle montée dans les sapins, d'abord à l'ombre. Du givre recouvre le sol. Plus haut je passe au bord du lac d'Aratille puis à celui du col d'Aratille, juste en-dessous du col. Traversée ensuite jusqu'au col des Mulets, et redescente vers le refuge des Oulettes de Gaube. J'y fait une longue pause, en face de la toujours belle face nord du Vignemale, dont le glacier est en train de vivre ses dernières années hélas. Yannick puis Mohamed arrivent, je passe un grand moment à discuter avec ce dernier. Ensuite, la remontée vers la Hourquette d'Ossoue permet d'avoir de très beaux points de vue sur le Vignemale, puis une descente rapide permet de rejoindre le refuge de Bayssellance. J'arrive assez tôt, Yannick qui m'a rejoint décide de continuer jusque Gavarnie. Je préfère rester, surtout que j'ai réservé pour le repas du soir. Mohamed décide aussi de descendre, au moins jusqu'au lac en dessous. J'installe ma tente sur une des aires de bivouac, un peu caillouteuse. Nous sommes à plus de 2600 m, il risque de faire un peu froid, j'espère surtout que le petit vent qui souffle ne va pas se renforcer. Je fais un peu de couture pour réparer mes tongs, et le repas est tôt (18h) car ce soir il y a un concert en plein air ! Étonnant, ce sont deux randonneurs qui font un petit tour de 4 jours en refuge et à chaque fois donnent un concert de musique country. Ils transportent un banjo, quelques harmonicas et d'autre accessoires. C'est un très beau moment, dans l'air pur, avec le soleil couchant au fond sur le massif de Gavarnie, je ne regrette pas d'être resté. Ensuite, l'atmosphère est très paisible, un petit oiseau vient fureter autour de ma tente. Le vent agite un peu la tente, mais sans être trop gênant.


En partant de Wallon, la vallée parcourue hier est au soleil tandis que je marche dans les prairies givrées

En montant à la Hourquette d'Ossoue, panorama sur la vallée de Gaube avec à gauche le Vignemale

Les restes de glaciers dans la face nord du Vignemale


Un bel emplacement de bivouac



Mercredi 26 août 2020, du refuge de Bayssellance à Gavarnie

Petite journée aujourd'hui, avec essentiellement de la descente. Je fais une longue pause pour observer avec mes jumelles un cincle plongeur en train de pêcher, magnifique. Un peu après le barrage d'Ossoue, je retrouve Mohamed, qui marche avec une jeune fille très chargée, ainsi qu'un couple Suisse / Allemand. Nous faisons le chemin ensemble, en discutant. Nous observons de grosses marmottes curieuses. Peu avant d'arriver à Gavarnie, je fais une halte au bord d'une belle rivière pour me baigner. Je retrouve le groupe un peu plus tard, nous prenons un verre ensemble. La ville est très touristique, pas agréable. Mohamed va s'installer au camping, je vais au gîte où je retrouve Yannick. Je fais de la lessive. J'avais prévu de prendre un jour de repos, mais la ville n'est pas agréable, de plus la météo prévoit une dégradation samedi, je n'ai pas envie de «perdre» un jour de beau temps. Je décide donc de continuer. Je fais quelques courses. Je retrouve avec plaisir mon chèche qui m'a été envoyé au gîte par celui où je l'avais oublié à Saint-Jean-Pied-de-Port. Très bon repas au gîte.



Vue de la vallée d'Ossoue, avec en bas le lac du même nom



Jeudi 27 août 2020, de Gavarnie à Héas

J'attends l'ouverture de l'office de tourisme / poste car je souhaite renvoyer quelques affaires qui ne me sont pas utiles. Cependant, les personnes de l'office de tourisme, qui m'avaient dit la veille au soir de passer ce matin à 9h me disent maintenant que la poste reste fermée ! Je leur demande de prendre mon paquet et l'envoyer pour moi, mais elles refusent ! Décidément, je n'aime pas cette ville. Je sors mécontent. Je croise Mohamed dans la rue, nous prenons un café et nous partons en direction de la Hourquette d'Alan, en discutant tous les deux. En arrivant sur les alpages, nous passons à côté d'une vache morte, un nuage de vautours tourne dans le ciel, et les alentours du cadavre sont parsemés de grosses plumes. Impressionnant, et pas très beau à voir. Par contre, le chemin en s'élevant procure de magnifiques points de vue sur le cirque de Gavarnie et la brèche de Roland. Mohamed s'arrête au refuge des Espuguettes pour faire sécher sa tente, il devrait me rejoindre ce soir. Je continue, un peu inquiet car je commence à avoir un rhume, mal à la tête et ganglions. Passé le col, longue descente en longeant un très beau ruisseau qui a poli son lit. Au bout, lac dans lequel je me rafraîchi les pieds. Je retrouve Yannick et nous marchons ensemble jusqu'au hameau de Héas, trajet pas très agréable le long d'une petite route. Dans le village il y a une très belle chapelle, dont l'histoire est assez compliquée. Je mange à l'auberge, ambiance Covid un peu bizarre, je suis seul à une table au milieu de la pièce, j'écoute les conversations des autres convives. Je suis un peu déçu de ne pas avoir revu Mohamed, je me demande où il se trouve. Nous campons dans un terrain attenant à l'auberge, il y a même des sanitaires (douche !).



Belle vue sur le cirque de Gavarnie et la brèche de Roland

Même vue, de plus haut, avec tout en bas le refuge de Espuguettes


Un très beau ruisseau, avec au fond le pic de Pineta




Vendredi 28 août 2020, de Héas au refuge de Barrosa

Bonne nuit, bien dormi, et petit-déjeuner dans l'auberge. Je plie la tente mouillée. J'attends un peu Yannick pour qu'on parte ensemble car le temps est très couvert, menaçant, et l'orage gronde. Cependant au moment de partir il trouve du Wifi et veut en profiter, donc je pars seul en avant. Dans le village, des camions arrivent pour redescendre les moutons, c'est la fin de l'estive. Je croise un troupeau qui descend (pas facile de se croiser sur le chemin), dans le brouillard très épais. Je continue de monter, et le temps empire, le tonnerre gronde fort et il y a des giboulées de grêle assez intenses. Sur le topo-guide, je vois qu'il y a une cabane de bergers plus haut (cabane des Aguilous), j'y monte vite, je passe à côté sans la voir, heureusement que j'ai le GPS. Je me réfugie dans la cabane, heureusement ouverte. Un jeune s'y est déjà réfugié, et un peu plus tard Yannick nous rejoint. Nous regardons défiler les averses, on joue aux cartes (fournies par le jeune qui a un énorme sac). Au bout d'un moment, une éclaircie se profile, nous décidons de partir. Je mène la marche au pas de course, pour passer le col au plus vite. Un nouvel orage nous rattrape toutefois, et nous voilà sous des trombes de grêle à l'Hourquette de Héas. Le jeune nous quitte, et nous continuons avec Yannick. Un col et quelques averses de grêle plus loin, nous arrivons vers les lacs de Barroude. Nous observons une belle horde de chamois, avec des petits. Le refuge de Barroude a brûlé il y a quelques années, mais notre topo indique qu'on peut trouver un abri de secours. Nous le trouvons, c'est un minuscule bloc de béton borgne avec une porte en fer, et il y a déjà deux randonneuses réfugiées à l'intérieur. Nous discutons un peu puis nous partons, il fait trop froid. Nous passons le Port de Barroude alors que les nuages se dissipent puis nous commençons une longue descente vers le val Barrosa. Nous atteignons la petite cabane non gardée de Barrosa, et nous nous y arrêtons, car il est trop tard pour aller jusqu'à Parzan comme prévu initialement. Il y a déjà deux randonneurs qui s'y sont réfugiés, mais il y a environ 10 places, un table, des chaises. Je fais un peu sécher mes affaires. Les deux filles de l'abri de secours arrivent un peu plus tard, soirée agréable et internationale, je suis le seul français.


La visibilité est très mauvaise
Dans la cabane, en regardant passer les orages

Au col, un peu mouillés
De l'autre côté du col, ce n'est pas mieux


Yannick (en petit sous le gros rocher) arrive, après la Hourquette de Chementas

Au port de Barroude, un dernier regard sur la vallée, le temps s'améliore



Samedi 29 août 2020, du refuge de Barrosa à Parzan

Pas très bien dormi, beaucoup bougé et mon matelas qui se dégonfle me gêne. Par contre, mes affaires ont bien séché, sauf les chaussures. Dehors, temps couvert, avec un petit vent du nord. Petite journée, nous allons juste descendre jusqu'à Parzan, ce que nous aurions du faire hier. Dans la vallée il y a beaucoup de restes d'installations minières (mines de plomb et d'argent). Apparemment ces filons étaient exploités déjà par les romains, puis de grosses exploitations ont été construites dans les années 1900, et la fin de l'exploitation date de 1974. La fin de la marche est au bord de la route, pénible. Parzan est très laid, il y a une série de supermarchés qui vendent du tabac et de l'alcool. Mais je prends une chambre à l'hôtel et c'est super, grande chambre, grand lit, baignoire, le luxe, pour un prix modique. Grande lessive, j'arrive à faire sécher la tente, bain (ça fait des années que je n'avais pas pris un vrai bain). Courses pour la suite, et je réserve aussi quelques hébergements pour les prochains jours. Dans l'après-midi, il pleut très fort, je suis content d'être à l'abri. Bonne soirée, repas au restaurant sous l'hôtel. À la télé, il n'y a que des chaines espagnoles, je m'endors tôt.



Un dernier regard sur la cabane de Barrosa où nous avons passé la nuit (au pied du gros rocher)



Dimanche 30 août 2020, de Parzan au refuge de Viados

Ce matin le ciel est de nouveau clair, mais il fait bien frais. Il y a de la neige sur les sommets, une fine couche. Départ de nouveau par la route, mais qu'on quitte assez vite pour prendre une large piste qui monte doucement dans la forêt. Je «sleep walk». Il y a des écureuils, puis un peu plus haut des marmottes bien grasses et leurs petits, toujours curieux de nous observer. La piste sort de la forêt, je la quitte un peu avant un col, où je la retrouve un peu plus loin. Ensuite, le chemin devient plus joli, vallonné avec de beaux arbres. Je fais une pause pique-nique, et je suis rejoins par Yannick et Jonas, un autre allemand qu'il a rencontré sur le chemin et qui est parti de Gavarnie. Nous faisons le reste du chemin ensemble jusqu'au refuge de Viados où nous arrivons vers 15h. Il y a une belle vue sur le massif de Posets, mais dont les sommets sont dans les nuages. Yannick et Jonas repartent, pour camper près d'une cabane plus haut. Nous sommes dans un parc national, et le camping n'est autorisé qu'au-dessus de 2000 m. Je reste au refuge car j'ai réservé hier. Soirée calme, nous ne sommes que 5 à manger, chacun à une table différente, covid oblige ! Le vent tombe dans la soirée.


Un joli chemin valonné, avec au fond le massif de Posets

Le refuge de Viados, avec au fond le massif du Posets dans les nuages



Lundi 31 août 2020, du refuge de Viados au refuge de la Soula

Au matin il fait bien froid, tout est gelé, il me manque des gants ! Le massif du Posets est dégagé, je remonte la vallée sous son regard. Il y a pas mal de petites granges. J'arrive près de la cabane où devaient dormir Yannick et Jonas, mais je ne les vois pas. Je continue ma route (encore un petit problème avec les piles rechargeables de mon GPS, rechargées toute la nuit au refuge, mais qui sont déjà vides !). A partir d'ici il n'y a plus de sentier, il faut remonter en suivant plus ou moins un cours d'eau (passages des fois un peu raides) jusqu'au port d'Aigues-Tortes. Au col, très belle vue, il y a encore un petit reste de neige fraîche. Je ne vois pas de trace de Yannick et Jonas, et il n'y a absolument personne et le paysage est bien sauvage. Pause au col, j'observe un gypaète. Je commence la descente, il y a des barres rocheuses à franchir, heureusement des cairns indiquent le chemin. Le vallon d'Aigues-Tortes est très beau, et les sommets qui l'entourent sont poudrés de neige, c'est splendide. Je fais une longue pause au soleil, je profite du paysage, de la solitude, et j'ai le temps, je suis bien plus rapide que le topo-guide. Au moment de repartir, je vois une silhouette qui arrive du col, je regarde avec ma longue-vue, et je vois que ce sont Yannick et Jonas qui arrivent. Je les attends. Ils m'expliquent qu'ils ont eu bien froid sous la tente, et sont partis tard, prenant du temps pour se préparer et se réchauffer. On fait la suite de la descente ensemble. Passage près d'une belle cabane non gardée (Prat-Cazeneuve), puis longue descente le long d'un ruisseau jusqu'au refuge de la Soula. Il est situé près d'une usine hydro-électrique qui mouline l'eau d'une conduite forcée. Beaucoup d'installations autour du refuge, qui était initialement un bâtiment destiné à l'hébergement des ouvriers construisant l'usine. Un ouvrier qui fait de la maintenance m'explique l'histoire de cette usine, construite en 1918/20. Plus de 2000 personnes étaient là, ils ont construit des galeries souterraines entre les lac, des téléphériques, etc. Impressionnant, tout ça pour 60 MW ! (puissance de 6 éoliennes modernes). Je discute aussi longuement avec un autre ouvrier, ancien maître chien d'avalanche. Son border colley est insatiable, il veut toujours qu'on lui relance son bâton. Contrairement aux très sympathiques ouvriers, le gardien est détestable. Vers 18h30, surprise, Mohamed arrive ! Je suis très content de le revoir, il m'explique son périple, son campement à 2700 m dans la neige. Il a beaucoup marché, mais est fatigué. Il reste au refuge et nous mangeons ensemble, malgré l'antipathie marquée du gardien. Repas médiocre et insuffisant, surcoût pour le repas végétarien, achat de gel obligatoire, etc. C'est le pire refuge du parcours, à éviter absolument, par exemple en dormant à la cabane de Prat-Cazeneuve puis en prenant le sentier balcon permettant de rejoindre directement l'étape de demain sans passer par ce refuge.


Le ciel blanchi sur le massif de Posets quand je pars du refuge

Au port d'Aigues-Tortes, dernier regard sur le Posets. La neige de la nuit dernière n'a pas encore fondu au sol

Panorama général du vallon d'Aigues-Tortes



Mardi 1 septembre 2020, du refuge de la Soula au refuge du Portillon

Clash le matin avec le gardien qui nous prend encore pour des imbéciles quand on lui dit que la porte est fermée à clef, puis qui nous engueule quand on lui fait remarquer que c'est la seule issue de secours et que c'est irresponsable de la fermer à clef ! Décidément le pire refuge de tout le trajet ! Dernières salutations avec Mohamed qui a fini et rentre chez lui. Très sympa, il me file ses gants et son bonnet ! Le GPS me donne des indications incroyablement fausse, il m'indique une position à 800 m d'où je suis, et surtout une altitude de 100m alors que je suis à 1700 m ! Je me demande si ce sont des perturbations électriques dues à la centrale, je ne vois pas pourquoi, mais le fait est que tout redevient correct lorsque je m'en éloigne ! En arrivant au lac de Caillaouas, je retrouve Jonas et Yannick qui y ont bivouaqué. Je les laisse plier leurs affaires et je pars devant. Je me régale de myrtilles. Montée rapide au col des Gourgs-Blancs dans un dédale de blocs impressionnant. Gros névés. J'attends un peu Jonas et Yannick, mais je repars, ne les voyant pas arriver. Petite descente et remontée au col du Pluviomètre. Impressionnante vue sur le lac Glacé, tout en dessous. Au loin, on voit la plaine, il y a même du réseau, j'en profite pour envoyer quelques SMS. Je vois Jonas et Yannick arriver à l'autre col, je leur fait des signes mais ils ne me voient pas. Je passe un long moment, mais ne les voyant pas arriver, je repars. Il faut trouver son chemin dans les blocs, je passe au Tusse de Montarqué, un sommet tout plat, étonnant, avec un panorama fantastique. Puis descente vers le refuge du Portillon, au bord du lac du même nom. Grand bâtiment, il n'y a pas trop de monde, c'est sympathique. Yannick et Jonas finissent par arriver, ils ont fait une erreur d'itinéraire et ont «loupé» le col du Pluviomètre. Soirée sympa, il y a quelques alpinistes et un gars qui fait une partie de la HRP en sens inverse, on échange des conseils (dont celui d'éviter le refuge de la Soula). Le soir, un brouillard très épais s'abat, il se met à faire très froid puis à pleuvoir. Je suis content d'être à l'abri.


Un graffiti ironique sur une ruine à côté du barrage du lac de Caillaouas
Au bord du même barrage


Plus haut, le lac des Isclots a une couleur étrange

De beaux névés avant de passer le col des Gourgs-blancs

Une nouvelle petite montée, en partie enneigée, pour gagner le col du Pluviomètre
Bien en-dessous, le lac glacé



Mercredi 2 septembre 2020, du refuge du Portillon à Hospital de Benasque, puis Benasque

Le matin, nous sommes toujours dans le brouillard. Cela m'inquiète un peu car le topo-guide dit qu'il faut impérativement passer les cols de cette étape par beau temps. Nous partons tout de même, avec Yannick et Jonas. Il fait froid et les cairns nous aident à trouver notre chemin car la visibilité n'est pas bonne. Les rochers sont recouverts d'une fine pellicule de glace et sont extrêmement glissants. Il faut faire attention. Cependant, alors que nous approchons du col, le brouillard se dissipe, le ciel au-dessus est tout bleu, c'est superbe. Nous traversons quelques petits névés puis nous arrivons au col. Les vingts premiers mètres de la descente côté espagnol sont raide, il faut faire attention. Il y a encore quelques petits névés sur lesquels nous faisons quelques glissades, puis commence une longue descente dans des blocs et pierriers, très longue, jusqu'à Hospital de Benasque. Jonas reste derrière, nous le saluons car il ne va pas à Benasque et va continuer. Nous croisons un Hollandais au look de hippie, avec qui nous discutons un peu. Il fait la HRP en sens inverse de nous, en prenant son temps pour tout voir et tout visiter, et faire des sommets au passage. Il nous dit qu'il fait ça car l'année précédent il avait parcouru la HRP dans le même sens que nous, mais avec l'unique objectif d'arriver le plus vite possible à la mer, et il s'était senti frustré. Plus tard, je repenserai souvent à cette discussion, et plus je me rapprocherai de la mer, mieux je comprendrai sa démarche. Avec Yannick, nous nous dépêchons un peu pour attraper le bus à Hospital de Benasque qui nous conduit jusqu'à la petite ville de Benasque, plus bas dans la vallée. Je vais dans un petit hôtel, et Yannick va ailleurs dans un gîte. Nous sommes au milieu du parcours, je vais prendre un jour de repos, et en profiter pour faire des courses, de la lessive, bien manger, etc. Yannick, qui arrête bientôt, va essayer de faire le sommet de l'Aneto, en louant des crampons en ville.


Nous partons du refuge dans un brouillard assez dense
Avant d'arriver au col, il commence à se dissiper


Le brouillard se lève, on distingue en bas le lac du Portillon, et les sommets environnants

Le névé final, juste sous le col inférieur de Literole
Au col, nous passons au soleil. Yannick et Jonas arrivent


Nous devons descendre vers ces petits lacs et remonter en face
Glissades sur les névés


La descente est longue dans des pierriers. Au fond, on voit la brèche du col que nous avons passé plus tôt
Plus bas, nous retrouvons des prairies



Jeudi 3 septembre 2020, journée de repos à Benasque

Il fait très beau, je trouve un peu dommage de ne pas être en montagne, mais en même temps j'ai besoin de faire une petite pause. Je flâne en ville, passe à la poste renvoyer le matériel que je n'avais pas pu envoyer de Gavarnie. J'essaie de trouver un matelas gonflable pour remplacer le mien, mais en vain. Je bricole un peu mon matériel, j'essaie de réparer avec de la superglue les pare-pierres de mes chaussures qui commencent à se couper, et passe des appels téléphoniques. Je suis un peu en-dehors du monde, déconnecté.



Vendredi 4 septembre 2020, de Hospital de Benasque à Hospital de Vielha

Je me lève tôt pour prendre le bus de 7h30 qui nous ramène à Hospital de Benasque, pour reprendre le chemin exactement où je l'ai quitté. Je retrouve Yannick dans le bus. Il a effectivement été au sommet de l'Aneto hier, je suis un peu jaloux, mais je pense quand même que j'ai bien fait de me reposer un peu. Je reviendrais le faire en ski de rando, pour profiter aussi de la descente. Il fait toujours super beau. Le chemin est très joli, dans une forêt de conifères, puis au bord de belles prairies. Nous longeons l'Aneto, on voit son glacier sommital qui vu d'ici ressemble à un gros névé. À un moment, nous passons en haut d'un petit cirque rocheux bordé de falaise au pied duquel disparaît un large ruisseau. C'est très étrange, car il n'a aucun échappatoire, il doit s'inflitrer dans le sol. Les falaises sont habités par une multitude d'hirondelles qui tournoient. La montée jusqu'au col de Molières est longue, nous marchons sur de très grandes dalles de granit lisses, le paysage est lunaire et désertique. Arrivé au col, il y a encore plein d'hirondelles qui jouent avec les ascendances et nous frôlent parfois. Je revois un français, Thibault avec lequel nous avions discuté au refuge du Portillon. La descente du col est très raide, en désescalade. On marche avec Thibault jusqu'à un lac, où il se baigne, puis il file. Nous continuons la longue descente (1500 m de dénivelé !) le bas de la vallée est très beau aussi. Par contre en bas il n'y a rien qu'une large route, et des bâtiments abandonnés. Nous remontons donc sur l'autre flanc pour trouver enfin un coin agréable où planter la tente. Je suis fatigué et un peu déprimé, ma journée de repos à un peu cassé ma dynamique, j'ai du mal à m'y remettre. Repas et vite couché.



Les falaises d'un petit cirque où disparait une rivière

Vu d'un peu plus loin, la rivière puis le cirque qui "l'engloutit"

Nous longeons l'Aneto, on voit le glacier sommital

La montée au col de Molières, un désert de dalles de granit

Au col, Yannick cherche la voie de descente
Yannick dans la descente

Les difficultées passées (les personnages dans le coin en haut à gauche donnent l'échelle), on peut déplier les bâtons pour la suite de la descente

Vue des Estanys de Molières
En arrivant au fond de la vallée, nous retrouvons de belles forêts



Samedi 5 septembre 2020, de Hospital de Vielha à Lac Cap deth Port

Toujours des problèmes de matelas qui se dégonfle, je n'ai pas entendu mon réveil, je me lève à 7h45, le soleil illumine les cimes. Petit-déjeuner frugal et départ en profitant de l'ombre. Je pars avant Yannick que je ne reverrai pas avant le refuge. Très belle balade le long de nombreux et superbes lacs, pleins de petits poissons que je passe un long moment à regarder. Il y a très peu de monde. Passé un petit col je redescends vers le Lac de Mar, assez grand. En approchant de son extrémité, il commence à y avoir plus de monde. Il se déverse dans un lac inférieur par une très impressionnante cascade. Après une descente dans une belle forêt de pins, j'arrive au refuge de la Restanca. Il est assez tôt. J'attends Yannick, nous mangeons un petit peu. Il y a un peu de monde, la demi-pension est assez chère, nous décidons donc de repartir. Après environ 40 mn de marche, nous trouvons un bel emplacement au bord du lac Cap deth Port. C'est très calme, très beau. Nous observons longuement un magnifique aigle qui parcours tous les sommets du cirque montagneux qui nous entoure. Petite lessive, repas tranquille.


Le lac Tort de Rius
Le beau lac de Mar et sa presqu'île


Je vois souvent des dalles striées comme celle-là, et je me demande comment elles se forment. C'est très étrange, est-ce que ce sont des végétaux pétrifiés ?


Le chemin longe une impressionnante cascade issue du lac de Mar, qui forme une double rivière plus bas puis va rejoindre le lac de la Restanca

De l'autre côté du lac, le refuge de Restanca
Notre emplacement de bivouac au bord du lac (les tentes sont vertes, au centre de l'image)



Dimanche 6 septembre 2020, du Lac Cap deth Port à Salardu

Nous nous réveillons dans les nuages, la tente est trempée. Départ assez rapide, nous marchons ensemble avec Yannick. Nous remontons le vallon, et sortons des nuages, le ciel est bleu au-dessus. La HRP fait un court passage dans le parc national de Aigues-Tortes, entre deux cols, puis nous redescendons sous les nuages, dans la grisaille, pour une très longue descente vers Salardu. En bas, la forêt est très belle avec des zones humides. La fin du trajet emprunte une route, pas agréable. Salardu semble être une ville morte, tout est fermé. Nous avons beaucoup de mal à trouver un hôtel ouvert, finalement nous trouvons l'hôtel Garonna, le patron parle très bien français, la déco semble dater des années 70, mais il est très confortable et les chambres sont grandes. Lessive, toilette, j'ai un peu de mal à faire sécher ma tente. Je me renseigne sur les heures d'ouverture de l'épicerie, car je dois faire des courses pour les 6 prochains jours où je ne trouverai rien. Le patron m'apprend qu'elle est fermée au moins jusqu'à mercredi ! Devant ma tête dépitée, il me propose de m'emmener en voiture le lendemain à une autre épicerie plus bas dans la vallée. C'est super sympa ! Le soir, nous avons de la peine à trouver un resto, il n'y n'en a qu'un seul ouvert. C'est le dernier jour pour Yannick, qui rentre demain en car.



Le bivouac au matin, le soleil illumine les cîmes. Quelques minutes plus tard, nous serons dans les nuages qui remontent de la vallée, et tous sera trempé


En montant, nous retrouvons le soleil. Les nuages se dissipent

Regard en arrière en remontant au Port de Caldès

Plus bas, nous revoilà sous le couvercle nuageux, dans les sapins
Des zones humides et brumeuses, on se croirait en Écosse



Lundi 7 septembre 2020, de Salardu à la cabane de Gracia Airoto

Le matin, le temps est très menaçant. Le petit déjeuner dans l'hôtel est très bien. Le patron me conduit en voiture comme promis à une épicerie plus bas dans la vallée. Elle est toute petite et propose surtout des produits de luxe, et évidemment tout est écrit en espagnol. J'essaie tout de même de trouver de quoi me ravitailler pour les 6 prochains jours, mais ce n'est pas facile. Je sens déjà que je ne vais pas manger correctement ! De retour à l'hôtel je boucle mon sac. Je salue une dernière fois Yannick et je repars. Je remonte au-dessus de la ville, avec de beaux points de vue sur la vallée que nous avons descendue hier. Je me retrouve assez vite dans le brouillard, et sous de petites averses. Je ne croise personne. J'arrive à une station de ski, très laide et je continue de monter, pour atteindre un premier lac, puis deux autres (Estanys Rosari de Baciver). Les nuages sont moins épais, ils ne font plus que passer, faisant varier la visibilité de minute en minute. À partir de là, il n'y a plus de chemin du tout, il faut monter tout droit au sommet du Tuc de Marimanya. Ça glisse un peu, c'est raide, il faut souvent mettre les mains, et le vent et les nuages n'aident pas. Il faut ensuite suivre l'arête, là non plus ce n'est pas très évident. J'arrive enfin au col d'Airoto, soulagé. Cependant, la descente est encore une rude épreuve, il faut traverser une marée de blocs immenses, souvent plus grands que moi. Il faut être 100% concentré, car les trous entre les blocs sont immenses également, et en cas de chute et de fracture, la chance d'être retrouvé me semble extrêmement mince ! Je suis content de retrouver la «terre ferme» et un vague sentier (je vois aussi un chevreuil avec son petit) et d'arriver enfin à la petite cabane Gracia Airoto. La journée a été rude, sans doute la plus rude de la traversée. Il y a quelques personnes au refuge, je pose mon duvet sur un bas-flanc libre et me repose. Vers 19h30, deux couples arrivent, nous sommes maintenant 9 pour 6 places. Tous sont espagnols, et aucun ne semble parler anglais ou français. Je me sens un peu seul. Apparemment il y a un accès facile depuis la vallée, ils sont montés faire la fête, et veillent tard.



En face, la longue vallée descendue hier, avec le barrage
Marguerite m'encourage, merci !


Un arbre mort se reflète dans l'eau stagnante, dans le brouillard. Pas vraiment une ambiance qui remonte le moral !


Un des Estanys Rosari de Baciver


En montant au sommet du Tuc de Marimanya, tout droit depuis l'Estany

Arrivé au sommet, il me faut encore parcourir cette arête

Puis du col, il faut descendre au bord du second lac, en traversant la marée de blocs que l'on voit à gauche


Je ne suis pas fâché d'arriver à la petite cabane et son toit orange



Mardi 8 septembre 2020, de la cabane de Gracia Airoto à la cabane Enric Pujol

Réveil à 7h, je sors vite pendant que les autres dorment. Je remonte rapidement les 200 m de dénivelé qui me mènent au col del Clot de Moredo, où je trouve le soleil, et où je prends mon petit-déjeuner en savourant la vue. La journée va être longue, j'ai décidé de combiner deux étapes du topo-guide pour gagner un peu de temps, car j'ai peur de ne pas avoir assez de nourriture. Longue descente vers Alos d'Isil, je dérange des chamois puis des chevreuils qui soufflent de colère. Plus bas, je suis attaqué par 5 chiens de berger à la fois, j'ai un peu peur, heureusement le berger intervient, un peu tard à mon goût, mais ça va, pas de morsure. La descente entre Bordes de Moredo et Alos d'Isil est difficile, il n'y a pas sentier, il faut tracer droit dans les genêts et les buissons. En bas je cherche en vain une boutique, j'ai un peu faim. Je croise Benjamin, un jeune HRPiste qui va en sens inverse. Après un petit trajet sur la route, le sentier remonte une longue vallée, remontée raide. Je pense à Marielle qui en ce moment présente la soutenance de son master, je la suis en imagination minute par minute, décidé à ne pas faire de pause avant elle. Pause à 12h30, je l'imagine sortir de l'école heureuse et soulagée. Je vois encore un chevreuil et son petit qui souffle de mécontentement. Montée raide dans un petit vallon, au fond il y a 5 ou 6 cadavres de veaux, que s'est-il passé ? La montée continue et j'atteins enfin le col de la Cornella. Descente courte mais raide pour passer entre deux lacs, et remontée au large col de Curios puis toujours en montant au col de Calberante. De là, je vois une ville au loin, j'ai un peu de réseau, je passe quelques coups de téléphone. Longue descente ensuite dans une multitude de lacs et de ruisseaux, il y a beaucoup de grenouilles de toutes les tailles. En arrivant en vue de la cabane, je vois deux personnes qui s'y dirigent, ce sont les premières que je vois depuis Alos d'Isil. Plus tard, deux autres nous rejoignent, ce sont des Français, nous discutons pas mal. Le monsieur essaie de faire les seven summit, il ne lui en manque que deux. Avec sa compagne, ils commencent aujourd'hui un bout de la HRP jusqu'à Gavarnie. Le ciel se couvre peu à peu, il pleut lorsque nous nous couchons



Depuis le col del Clot de Moredo, un dernier regard sur le lac Airoto et la cabane. À droite, la redoutable mer de blocs...

Le soleil levant effleure la crête au col del Clot de Moredo
Un vieux panneau en métal évidé annonce la cabane
Je prends mon petit-déjeuner au soleil matinal
Vue sur la longue vallée remontée pour atteindre le col de la Cornella


En dessous du col de Calberante, de nombreux lacs. La cabane est un peu au dessus du dernier, à sa droite, blanche



Mercredi 9 septembre 2020, de la cabane Enric Pujol au refuge de Certascan

Assez bien dormi malgré les ronflements des français et le bruit de la pluie sur le toit en tôle. Le matin le ciel est toujours couvert, je traîne un peu en discutant avec les français. Le temps dehors n'incite pas à partir ! Je pars tout de même, un peu avant 9h. Les dalles sont glissantes, il faut être prudent. Il se met à pleuvoir. Je rattrape et double les deux Espagnols qui étaient avec nous et qui rentrent, en raison de la météo. Arrivé dans la vallée, j'attaque la montée sur l'autre versant, sous la pluie, et dans des passages de brouillard. Il y a des myrtilles, j'en profite pour me restaurer. De nouveau, je suis entièrement seul, je ne rencontre ni ne voit personne. La montée me semble un peu plus longue que prévu, d'habitude je vais bien plus vite que les temps du topo-guide, mais là il me faut le temps indiqué. La pluie se renforce, il y a aussi du vent. Près d'un petit lac, je vois trois chevaux qui émergent de la brume, qui semblent les seuls habitants des lieux. Au col de Certascan je teste le réseau, mais il n'y en a pas. Encore un petit problème de batterie avec le GPS, puis j'attaque la descente. J'arrive au refuge assez tôt, en milieu d'après-midi, accueilli par un énorme mais heureusement débonnaire chien terre-neuve. Il y a 3 gardien-nes très sympa, aucune contrainte Covid, ce qui n'est pas désagréable, il fait chaud. Je fais un peu de toilette (douche chaude, un luxe !), lessive, recharge des appareils. Un peu plus tard arrive un Anglais qui fait un bout de la HRP dans l'autre sens, nous sommes les seuls clients. Soirée tranquille, très bon repas.



Au matin, dernier regard sur la cabane Enric Pujol (en blanc au centre de l'image)

La montagne semble déserte


Au loin, un trou dans les nuages permet d'apercevoir le lac de Certascan



Jeudi 10 septembre 2020, du refuge de Certascan à la cabane de Baborte

La nuit il a beaucoup plu et beaucoup venté. Le matin, ce n'est guère mieux. Mes vêtements sont secs, mais pas mes chaussures qui sont toujours trempées. Le petit déjeuner est bon, il fait assez chaud, je retarde le moment de sortir... Il pleut toujours quand je me décide enfin, mais faiblement. Descente sur le sentier, j'avance assez vite car devant semble se dessiner une éclaircie. Mais à un moment je me rends compte que j'ai loupé une intersection, je dois faire demi-tour, repartir vers le mauvais temps. C'est la seule erreur d'itinéraire que je ferai, je perds peut-être 45 mn. J'ai un point de vue sur le refuge que j'ai quitté, sous lequel coule une très grosse cascade. Les piles du GPS sont déjà vides (il s'est pourtant rechargé toute la nuit), elles ne tiennent vraiment plus la charge. Heureusement que j'ai des piles lithium que j'installe en remplacement. Je passe près d'un lac puis d'un deuxième (l'Estany de Romedo de Baix) puis le chemin descend le long d'une vallée parfois étroite. Cela devient épique, il y a des herbes hautes trempées et des dalles, le tout est bien glissant. Quelques petits passages exposés au-dessus de la rivière. Je tombe deux fois, heureusement sans me faire mal. La descente me semble longue. En bas, au Pla de Boavi, je croise 3 personnes (les premières depuis le refuge), ce sont des français qui font des bouts de la HRP. Ils étaient à la cabane de Baborte il y a 2 jours, et me disent qu'en montant au-dessus on peut trouver du réseau. J'entame alors la longue remontée, sur un beau chemin empierré, jusqu'au col de Sellente. De là on voit la cabane, comme hier c'est un petit abri de secours avec 9 places. Pour le moment, je suis seul. Je pause mes affaires et pars chercher de l'eau, puis je monte au-dessus pour essayer de trouver le réseau. C'est un peu un jeu de piste, je finis par trouver un endroit où je peux envoyer / recevoir des SMS. Plus tard, 5 jeunes arrivent de la vallée. Je mange rapidement pour leur laisser la place (nous sommes comme dans une cabine de bateau). Plus tard, vers 20h, trois autres personnes arrivent ! La cabane est pleine comme un œuf. Je m'endors quand même, avec mes bouchons d'oreille. Je me réveille en suffocant, ils ont tout fermé, la porte et la micro-fenêtre. J'ouvre la porte et essaie de me rendormir.




L'impressionnante cascade qui s'échappe du lac de Certascan

En montant vers le col de Sellente


Un chamois et son petit

Vue de la cabane (à droite en orange) et du lac de Baborte


Vue de la cabane, neuf couchettes et une mini-table, on se croirait dans un bateau



Vendredi 11 septembre 2020, de la cabane de Baborte à El Serrat

J'ai prévu aujourd'hui encore de faire une longue étape, combinant presque 2 étapes du topo-guide. Je pars donc assez tôt, à la frontale. Il a plu pendant la nuit, et le ciel est encore nuageux. Je descends rapidement à l'extrémité du lac, où je trouve du soleil et prends mon petit-déjeuner. Le ciel s'éclaircit, je dérange quelques chamois qui me font savoir leur mécontentement. Longue descente dans une belle vallée avec une rivière dynamique et quelques belles cascades. En bas il y a un parking, avec un peu de monde. Je remonte rapidement au Pla de Boet, puis au Port de Boet, non sans avoir dérangé quelques marmottes. Au Port (col) je suis de nouveau dans le brouillard et le vent. Je rencontre un couple avec qui je discute un peu, je dois leur faire un peu pitié, la dame me donne plein de biscuits ! Je descends au bord du joli étang de la Soucarrane, puis fait une traversée au fond de cette jolie vallée de Soulcem. Ce matin j'étais en Espagne, là je suis en France et après le prochain col je serai en Andorre ! Le chemin croise le ruisseau du Rat, et remonte son cours jusqu'au Port de Rat. Belle vue sur le chemin depuis le précédent col, mais du côté d'Andorre, on voit surtout des pistes de ski. Descente un peu raide, et en bas je suis tout surpris de retrouver Jonas ! Nous sommes contents de nous revoir, et nous marchons ensemble. Nous faisons halte à une sorte de restaurant d'altitude, il y a beaucoup de monde, de la musique, ce n'est pas agréable mais c'est le premier endroit avec de la nourriture. Nous nous restaurons au mieux, et repartons sur un sentier avec pas mal de monde, qui arrive par un téléphérique. Le lieu semble très populaire ! Nous remontons vers de jolis lacs, puis le sentier redescend vers El Serrat. Sur la fin, le sentier est barré, sans itinéraire bis, il y a des travaux, une grande tranchée y est creusée, sans doute pour poser des canalisations. Nous ne voulons pas prendre la route, alors nous nous engageons en marchant au fond de la tranchée. Après un demi-kilomètre, nous tombons sur les ouvriers en train de creuser, tous surpris de nous voir arriver par là. Ils semblent nous engueuler un peu, mais on ne comprend pas, et ils nous laissent passer. Après cette longue étape, je vais me reposer dans un hôtel à El Serrat. Jonas a dormi à l'étang de Soucarrane, il va continuer encore. Nous nous séparons donc une nouvelle fois. Comme me l'avait indiqué un HRPiste, il y a plusieurs hôtels 4* avec spa, à des prix très compétitifs. Dans la chambre, je fais ma routine toilette / lessive, mais avec en bonus la session spa, qui fait vraiment du bien. Curieusement il n'y a aucun magasin dans le village (mais le topo-guide m'avait prévenu), je mange donc au restaurant de l'hôtel, excellent. Par contre, impossible d'utiliser mon téléphone, mon abonnement ne fonctionne pas à Andorre, car nous sommes en dehors de l'Europe. Je peux quand même échanger avec Marielle grâce au téléphone de la chambre, je suis assez content après plusieurs jours totalement sauvages.



Autour de l'étang de la Soucarrane, le soleil joue avec les nuages et donne des ombres mouvantes


Bref passage en France, au fond de la jolie vallée de Soulcem



Samedi 12 septembre 2020, de El Serrat à la cabane de Cabana Sorda

Le matin, le petit-déjeuner à l'hôtel est somptueux, un buffet comme je n'ai jamais vu, sauf qu'à cause du Covid, on ne peut pas se servir soi-même, il faut passer par des serveurs. Du coup, ça prend du temps, mais je mange tout ce que je peux. Ensuite je traîne dans la chambre pour profiter au maximum de tout ce confort. Je finis de sécher les vêtements que j'ai lavés avec le sèche-cheveux. Du coup, je pars tard (11h), prévoyant de faire une petite journée. Dehors, il fait très beau, et il me faut bien moins d'une heure pour rejoindre le refuge de Sorteny où je pensais m'arrêter. Il est en bord de route, et ressemble plus à un restaurant / hôtel branché qu'à un refuge. Ça ne me plaît pas, et il est trop tôt, je décide donc de continuer. Une longue montée me conduit au collada de Meners. Le paysage est très beau, cette partie d'Andorre n'est pas défigurée par les remontées mécaniques. Après le col, le sentier descend un peu et traverse plus ou moins en balcon un grand cirque montagneux qui ferme une très belle vallée, avant de remonter au Serra de Cabana Sorda. En chemin je croise une jeune femme qui fait la HRP en sens inverse, partie le 1er septembre, et dont j'avais suivi des échanges sur le forum randonner-leger.org. Elle souffre un peu du poids de son sac, je lui souhaite bonne chance. En arrivant à cabane Sorda, je tombe de nouveau sur Jonas, en train de discuter avec deux autres français sympas, Justine et Baptiste. Nous sommes contents de nous voir. La cabane est un peu pleine, nous choisissons de planter nos tentes un peu plus loin, et nous mangeons ensemble en faisant connaissance. Derrière la cabane il y a de magnifiques toilettes sèches, que je prends en photo au cas où je ferai une seconde édition de mon livre ...



Panorama en direction de l'ouest


Les toilettes sèches derrière le refuge



Dimanche 13 septembre 2020, de la cabane de Cabana Sorda à l'Hospitalet-près-d'Andorre

Les tentes sont de nouveau trempées par la rosée, malgré le beau temps. Je pars avec Justine et Baptiste, Jonas prend son temps et dit qu'il nous rattrapera plus tard. Le parcours est très joli et vallonné, assez vert, avec pas mal de myrtilles qui font un bon complément pour mon petit-déjeuner. Je devance assez vite les jeunes. Je rencontre encore un HRPiste qui va en sens inverse, nous échangeons quelques infos. Je passe au refuge de Juclar (équipé là encore de beaux WC extérieurs), je m'y arrête boire un verre et faire sécher ma tente, en attendant Baptiste et Justine. Comme ils n'arrivent pas et que tout est sec, et que je commence à avoir froid, je repars...juste au moment où ils arrivent. Le sentier longe un lac et remonte au col de l'Albe, qui nous fait repasser en France. Cette traversée d'Andorre était vraiment très belle ! Descente ensuite en enchaÎnant 4 ou 5 lacs, petite remontée à un large col herbeux (Couillade de Pedourrés, quel joli nom !), puis longue, très longue descente vers l'Hospitalet. Mes genoux commencent à me faire mal dans les descentes. En bas, conduites forcées et grosse route, et une voie ferrée, la première depuis Saint-Jean-Pied-de-Port. Je vais au gîte, les gérants sont très sympas et serviables. Il y a aussi un Anglais qui fait la HRP, qui nous précédait de quelques jours et dont on avait entendu parler. Il est un peu blessé et va rester un jour pour se remettre. Jonas arrive quelques minutes avant le repas, très bon. Justine et Baptiste bivouaquent au bord d'un lac plus haut, je ne les revois donc pas. Bonne soirée.


Un des multiples lacs aperçus lors de cette belle journée, probablement l'Étang haut de l'Albe

L'Hospitalet, niché au fond de la vallée, avec routes, voie ferrée, conduites forcées et ligne à haute tension. Bienvenu dans la civilisation.
Un pont de pierre dont la chaussée est faite de deux pierres côte à côte, suffisamment grandes pour enjamber la rivière !



Lundi 14 septembre 2020, de l'Hospitalet-près-d'Andorre au refuge des Bésines

Bon petit déjeuner au gîte, et chaleureuses salutations à Jonas qui arrête ici et pars en train. Je fais quelques courses pour la suite du trajet, mais aujourd'hui je m'accorde une petite étape de repos, pour soulager un peu mes genoux. J'essaie aussi de planifier la suite du parcours. Je ne trouve pas d'hébergement à réserver aux Bouillouse, ni à Eynes. Je contacte aussi Philippe que j'avais rencontré en début de HRP car il m'avait dit de le prévenir quand j'arriverai dans cette région pour qu'il vienne faire le Canigou avec moi. J'essaie de combiner tout ça, en prévoyant mes prochaines étapes et en réservant les refuges autour du Canigou, qui risquent d'être assez fréquentés. Je pars donc assez tard, mais l'étape fait moins de 3 heures, une marche sur sentier facile. Le paysage est toujours très beau, avec une grande variété de plantes. Le refuge est niché au-dessus du lac des Bésines, le gardien est très cool, on discute bien. Je me repose, sieste, etc. Je commence à entrevoir la fin de la traversée, il me reste une dizaine de jours. Je ne sais pas quoi en penser, je suis à la fois content et triste.




Vue sur la vallée et le lac des Bésines juste avant d'arriver au refuge. Magnifique !



Mardi 15 septembre 2020, du refuge des Bésines à Bolquère

Dans la nuit, j'ai pensé que l'étape du jour serait trop dure si je passe par le sommet du Carlit. Je décide donc de prendre la variante qui le contourne, je regrette un peu, mais je pense que c'est plus raisonnable si je veux préserver mes genoux. Je pars au plus vite après le petit-déjeuner, en direction du col de la Coume d'Aniel. Je vois une femelle mouflon avec son petit. Je redescends au nord du lac de Lanoux, j'hésite encore (c'est le point de bifurcation vers le Carlit), mais je pars sur la variante, qui suit le GR10. Un peu plus loin, j'observe une horde de mouflons avec des jeunes. Un autre petit col à passer, puis j'entame une longue descente jusqu'au lac des Bouillouses. Il y a de nombreux conifères, le paysage fait penser au Canada. Près du lac, il y a un peu de monde. Je traverse le barrage et m'arrête manger dans un petit restaurant à côté du lac. Alors que je vais payer, je suis tout surpris de voir à une table Justine (et son père) et Baptiste ! Ils ont pris un autre itinéraire et ont dormi près du lac de Lanoux, ce qui leur a permis de faire le Carlit ce matin, et d'être là. Je suis un peu jaloux, mais bon, tant pis pour moi, je n'avais qu'à mieux planifier mon trajet. Je repars, toujours dans une belle forêt pleine de lacs, ressemblant toujours au Canada, puis par une piste forestière pas très intéressante et très longue jusqu'à Bolquère. Pour la première fois depuis le départ, je mets des écouteurs en marchant, et j'écoute la radio, car la fin de ce trajet est monotone. L'orage tonne sur les montagnes derrière moi, je m'arrête dans un hôtel à Bolquère, je suis crevé. Rituel douche et lessive, repas correct mais long, je n'ai qu'une envie, dormir.


Vue sur le lac de Lanoux. À droite, le col de la Coume d'Aniel d'où j'arrive

Juste après le lac avant de monter au Portella de la Grava, un joli paturage. Les mouflons sont juste un peu plus loin

Dernier regard sur le lac de Lanoux depuis la Coume d'Aniel

Dans la descente vers les Bouillouses, vue sur la vallée que je viens de descendre

Vue du lac des Bouillouses depuis le barrage



Mercredi 16 septembre 2020, de Bolquère au refuge d'Ull de Ter

Je pars assez tôt car l'étape va encore être longue. Je dois d'abord marcher le long de la route jusqu'à Eyne, ce n'est pas très agréable, mais le paysage est beau, et le soleil levant donne de belles couleurs. Je vois au loin la tour du four solaire d'Odeillo et je passe à côté d'une gare du train jaune. Ce plateau de Cerdagne est vraiment beau. À l'entrée de Eyne, je vois un station de comptage de la LPO, similaire à celle que j'avais vue à Iraty. Je quitte enfin la route pour remonter la longue vallée de la rivière Eyne. Nombreuses marmottes peu farouches. Au col d'Eyne, je rejoins la crête frontalière, que je vais suivre jusqu'au col de la Vaca, en passant par plusieurs petits sommets. Le paysage est désertique, je ne vois personne, et l'orage gronde fort sur les sommets du côté espagnol. Je me dépêche de peur qu'il ne me rattrape. Après le col de la Vaca, je redescends du côté espagnol de la crête, je repasse un dernier col et je descends sur le refuge Ull de Ter, en traversant des pistes de ski. Il y là une horde de chamois peu farouche et joueurs que j'observe avec délice pendant un bon moment. Le refuge est fermé, je m'installe dans la petite cabane à côté, le refuge d'hiver. Il y a une table et deux bancs, et des planches pour dormir à l'étage. Je suis seul. L'orage tourne autour de moi, mais il finit par partir. Belle soirée, je suis seul.



Le soleil se lève sur l'église et le centre de Bolquère

Au col d'Eyne, le chemin part sur la crête frontalière

Le paysage est désertique

Une série de croix, un peu lugubres dans le paysage
Des chamois joueurs et peu farouches



Jeudi 17 septembre 2020, du refuge d'Ull de Ter au refuge de Mariailles

Mal dormi sur les planches en bois, avec mon matelas qui se dégonfle. Beau soleil le matin, je déjeune dehors. Je descends et traverse la station de Val de Ter (Ter est le nom de la rivière qui coule ici), et je repasse en France par un large col (Portella de Morens). Ensuite, je parcours un très grand plateau, à l'herbe un peu jaune, vide. Il y a quelques chamois et des chevaux curieux, et personne. Le sentier rejoint alors une arête, la marche est gentiment vallonnée. Les rochers sont en quartz blancs, on dirait que l'on marche sur l'échine d'un immense animal préhistorique. En dessous dans la vallée je vois les sources de la Tech, je suis passé de Ter en Tech ! Le sentier continue sur des hauts plateaux, puis dans une belle forêt de pins à crochets. Je me régale de myrtilles sous l'œil curieux d'une marmotte placée en vigie au sommet d'un gros bloc. Je rejoins enfin une piste qui me conduit au refuge de Mariailles. Je me repose un peu, et Philippe arrive, nous sommes contents de nous retrouver, c'est très sympa de sa part d'être venu faire un bout de marche ensemble. A table nous sommes avec Louisa, une Allemande qui fait le GR10 et est partie de Hendaye, très sympa et qui parle parfaitement le français. Le gardien nous donne les prévisions météo pour demain, beaucoup de vent, ce qui décourage un couple qui était venu exprès pour faire le Canigou.


La petite cabane où j'ai passé la nuit
Un grand plateau, tout vide


Autoportrait dans le vide...



Vendredi 18 septembre 2020, du refuge de Mariailles au refuge des Cortalets

Le temps est couvert et le vent est bien là. Je pars avec Philippe, sur un chemin bien marqué, d'abord en forêt puis à découvert. Nous dérangeons encore quelques chamois. Nous nous élevons doucement, le vent nous secoue, mais c'est supportable. Nous arrivons à la fameuse cheminée du Canigou, mais c'est en fait très court et sans difficulté particulière. Du sommet, l'atmosphère est brumeuse, mais on devine tout de même la côte, et, par quelques reflets, la mer au loin. C'est la première fois que je la vois depuis mon départ ! La redescente se fait assez vite. Arrivé à la fontaine de la perdrix, je salue Philippe, qui repart rejoindre sa voiture. Il a encore un long trajet à faire, alors que pour moi la journée est déjà presque finie, je suis tout près du refuge des Cortalets. Ambiance chaleureuse, l'équipe qui tient le refuge est bien sympa, il fait chaud, il y a une salle pour faire sécher le linge, un chien, et même des douches chaudes, c'est le grand confort ! Je retrouve Julia, qui est aussi passée par le sommet. Puis dans l'après-midi je vois arriver Justine et Baptiste, qui ont été secoués par le vent lors de leur bivouac pendant la nuit et qui arrivent sous la pluie qui tombe assez fort maintenant. Je suis content de les retrouver, décidément cela fait la troisième fois qu'on se croise ! Nous mangeons ensemble avec Julia. Dans la soirée la pluie s'arrête mais pas le vent.



En montant vers le sommet du Canigou, vue sur la vallée du Cady que nous venons de remonter

Vue vers le haut de la cheminée, aves une belle flamme de pierre
Philippe arrive dans la cheminée


Philippe dans la cheminée, juste avant le sommet
Philippe me prends en photo au sommet. Au loin, la mer



Samedi 19 septembre 2020, du refuge des Cortalets à Arles-sur-Tech

Au petit-déjeuner, je m'aperçois qu'avec la météo meilleure qu'hier, on aperçoit la mer au loin depuis les fenêtres du refuge ! Je déjeune avec Julia, Baptiste et Justine, c'est sympa. Julia part la première, je la suis 30 mn plus tard. Baptiste et Justine suivent un autre itinéraire, ils vont à Amélie-les-Bains, tandis que je vais à Arles-sur-Tech. Un peu en dessous du refuge, je vois un chamois dans les rhododendrons, c'est sans doute le dernier que je verrai. Un peu après, il se met à pleuvoir, avec du vent, pendant environ une heure. Plus loin, le sentier passe sur la carcasse d'un avion qui s'est écrasé ici, c'est un peu étrange. Le sentier descend dans une belle vallée, pour traverser un ruisseau, et remonte ensuite sur l'autre versant. Je retrouve Julia en arrivant vers le col de la Cirère, puis commence la redescente vers le refuge de Batère. Je m'y arrête pour prendre ma traditionnelle menthe à l'eau, Julia continue. Je reprends alors la longue descente vers Arles-sur-Tech, qui n'est qu'à 230 m d'altitude ! Mes genoux crient grâce. En descendant, la végétation devient franchement méditerranéenne, avec des chênes liège et toutes les odeurs du maquis. Il y a de nombreux restes de l'exploitation des mines de fer. Arrivé à Arles, je fais une petite pause dans le beau parc de la mairie. Je dors à l'hôtel (rituel habituel douche/lessive), je fais des courses pour la fin de rando, et repas dans une pizzeria, quel luxe ! Je n'ai pas revu Julia.


Peu après le refuge, beau panorama, avec la mer au fond.


Juste après le refuge de Batère, les batiments abandonnés des mines de Batère



Dimanche 20 septembre 2020, de Arles-sur-Tech à Las Illas

Je suis étonné au petit-déjeuner de voir arriver Julia, qui était en fait dans le même hôtel que moi. Elle a mal à la cheville, et s'inquiète de l'étape du jour, assez longue et avec pas loin de 2000 m de dénivelé. Je lui propose de l'attendre, mais elle décline. Je pars pour une montée assez rapide vers le col de Paracolis. L'air est immobile, il pleut un peu. Au loin, on entend des chasseurs, puis il y a des traces de sang sur le chemin, c'est lugubre. Traversée d'une rivière sur une petite passerelle suspendue. Je passe à Montalba d'Amélie, joli hameau où je pique-nique. Le sentier remonte alors jusqu'au sommet du Roc de France, avec une belle vue sur la mer, côté français et espagnol. Belle forêt de hêtres. En montant depuis Arles-sur-Tech, la végétation est passée des chênes vert aux châtaigniers, puis aux hêtres et enfin aux sapins. Le sentier fait de nouveau une incursion en Espagne, c'est là encore un des chemins de l'exil, des panneaux expliquent que le gouvernement espagnol est passé par ici en fuyant l'avancée des franquistes. Peu avant Las Illas, je vois des sangliers dans la forêt. Le village semble un peu mort, je cherche un endroit où me poser. À côté de la mairie il y a une porte avec marqué dessus «gîte d'étape». C'est ouvert, j'entre, et à l'intérieur je trouve Justine et Baptiste ! Le gîte n'est pas gardé, je m'installe et je laisserai un chèque en règlement. Nous attendons Louisa, mais elle n'arrive pas. Nous ne sommes que nous trois, soirée tranquille.



Dans une belle forêt de hêtres, avant le Roc de France

Depuis le sommet, vue sur la côte, France à gauche de la crête et Espagne à droite



Lundi 21 septembre 2020, de Las Illas au col de l'Ouillat

Pour cette avant-dernière étape, nous partons d'abord ensemble, sur des pistes légèrement descendantes. Je fais une petite pause et me fait distancer par Justine et Baptiste. Je rencontre un couple de Hollandais qui finissent le GR10, nous discutons un moment et faisons un bout de chemin ensemble. Le sentier suit une petite ligne de crête puis descend vers la ville du Perthus. Nous traversons des champs de chêne lièges, puis passons au pied d'une forteresse Vauban, le fort de Panissars. Il y a aussi un petit cimetière militaire, et une véloroute qui va vers Nice. Le village du Perthus est assez laid, avec une grande rue qui est aussi la frontière, et des magasins tous ou presque situés du côté espagnol. Je fais des petites courses pour ce soir, et repart vite. De l'autre côté de la vallée, il faut passer sous l'autoroute, un paysage que j'ai hâte de quitter. Un peu plus loin, je retrouve Justine et Baptiste. L'itinéraire suit des petites routes et des pistes, ce n'est pas très intéressant. Dans l'après-midi, quand nous retrouvons des sentiers et la forêt, il commence à pleuvoir et nous nous retrouvons dans les nuages. La pluie est forte, il fait très sombre, l'atmosphère est automnale. Nous arrivons au chalet de l'Albère au col de l'Ouillat. Nous y faisons une pause pour prendre un verre et nous sécher un peu. Nous nous demandons si nous continuons ou pas. Le tenancier nous dit qu'il y a un gîte à côté (non gardés), nous décidons de nous y installer, la météo est trop déprimante. Couché tôt après un repas frugal (un paquet de Tuc et 2 de nouilles chinoises). C'est la dernière nuit de la randonnée, la perspective de finir m'attriste un peu, seuls mes genoux sont contents d'arrêter, mais demain une grande descente nous attend encore !



Dans le gîte au col de l'Ouillat, dernière soirée du parcours, avec Justine et Baptiste



Mardi 22 septembre 2020, du col de l'Ouillat à Banyuls-sur-mer

Nous nous réveillons tôt. Le temps est couvert, mais il ne pleut plus lorsque nous partons, tous les trois ensemble. Nous montons au roc des Trois Termes, sur la crête frontalière. La vue est belle, avec la lumière du soleil levant. Nous voyons une large partie de la côte, mais toujours pas Banyuls, caché par des petites montagnes. Nous cheminons sur le fil de la frontière, en suivant la crête, sur un sentier vallonné de sommets en sommets. Parfois, de gros nuages venant d'Espagne passent rapidement la crête. Ce n'est qu'en arrivant vers le Pic de Sallfort, après une dernière petite montée, que l'on voit Banyuls. Cette fois, c'est vraiment la fin ! Nous faisons une pause pique-nique, et nous attaquons la dernière descente, de 1000 m de dénivelé. Le sentier est très joli, et la végétation change au fur et à mesure de notre descente. En bas sont cultivés la vigne et les oliviers. Nous arrivons dans la ville, puis à la plage, pas très belle. Baignade, la mer est bonne, c'est la fin. Je quitte Justine et Baptiste qui ont réservé un hôtel, mais qui est complet. Je vais me renseigner sur les horaires des trains, et trouver un lieu où dormir. En soirée, un gros orage éclate. Nous nous retrouvons pour manger dans un restaurant le soir, puis nous nous quittons.


Le matin, belle vue sur la côte dans le lever du jour. Il reste encore du chemin à parcourir

Un magnifique hêtre

Les buissons taillés par les vaches ont des formes étranges, fonction de la longueur de leur cou
Au loin, Banyuls-sur-mer


Nous voilà sur la plage, la fin du chemin
Autoportrait sur la plage



Mercredi 23 septembre 2020, début du retour à la "civilisation"

Je ne dors pas très bien, le retour à la réalité n'est pas facile. Je traîne un peu en ville, je mange (miam, très bonnes glaces), puis pars en train pour Montpellier. Je passe la soirée avec François et Karine, très sympa de les retrouver pour ce retour progressif au monde. Maintenant, il faut porter le masque en ville, difficile de s'y habituer... Il faudra pourtant bien en reprendre l'habitude. Plus tard, je reprendrai le boulot, puis je serai de nouveau confiné. Cette balade en liberté et en plein air n'en prendra que plus de valeur...


Un animation avec des portraits de moi le long du parcours

Voici aussi les photos prises par François et celles prises par Yves.



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