Raid à ski de randonnée dans le massif du Tödi, en Suisse, du 18 au 24 avril 2015

Sortie organisée de main de maître par Georges et Didier avec Christian et Philippe.

Textes, photos et assemblage des panoramiques par Philippe Quaglia. Tous droits réservés.

Les photos sont cliquables, pour obtenir un agrandissement (attention, certains navigateurs recadrent automatiquement la photo par défaut, et vous ne verrez pas de différence).
Les traces GPS de la journée sont hébergées sur le site VisuGpx.com.



Samedi 18 avril 2015

Pour cette troisième semaine de ski de rando, le programme est cette fois plus sérieux. Dans le sac, 7 repas de midi, 2 du soir et 2 petits-déjeuners pour les refuges non gardés, et tout le matériel de glacier (piolet, crampons, baudrier équipé, et il y aura aussi 2 cordes que nous nous relayerons pour porter). Nous voilà bien lestés ! Et comme l'enneigement n'est pas fameux, il nous faudra sans doute porter les skis depuis les fonds de vallée avant d'atteindre la neige. Mais au moins, pour cette fois, il fait soleil quand je pars de la maison à vélo pour rejoindre la gare. Trajet en train sans histoire jusqu'à Lucerne, à travers la verte campagne Suisse. Je retrouve les copains à l'hôtel réservé par Didier. Nous mangeons dans une pizzeria puis flânons un peu afin de découvrir Lucerne by night, très beau.



Le célèbre pont en bois de Lucerne au petit matin.



Dimanche 19 avril, montée à l'Etzlihütte (2040 m) depuis Bristen (840 m)

Les copains, qui sont venus à Lucerne en voiture, vont chercher leurs affaires de ski, et nous nous retrouvons à la gare où nous prenons un petit-déjeuner en attendant le train. Nous continuons avec deux cars postaux, dont les correspondances s'enchaînent parfaitement, comme très souvent en Suisse. Nous voilà au bout de la route, à Bristen Seilbahn (840 m). Il n'y a pas de neige, nous devons donc porter aussi les skis, ce qui rend le sac super lourd. Néanmoins, le chemin est raide dès le départ, ce qui rend la montée bien efficace. Peu après un petit tunnel, nous croisons la gardienne du refuge, qui nous dit qu'elle redescend. Nous avions pourtant compris que le refuge était gardé ce soir ! Nous discutons un peu, apparemment c'est une mauvaise compréhension de notre part. Pour nous aider à manger (il va nous manquer un soir et un petit-déjeuner), elle nous donne un gros morceau de jambon, que nous apprécierons bien. Après deux bonnes heures, nous finissons par trouver la neige, et nous pouvons continuer à ski. La montée est jolie, nous traversons quelques grosses coulées d'avalanches. Le refuge d'hiver est bien équipé, il y a de l'eau courante, et même de l'électricité, car il y a une micro-centrale électrique. Du coup, on peut faire chauffer de l'eau avec une bouilloire électrique et faire la cuisine sur une plaque. Deux autres français sont avec nous, Yvan et Caroline, bien sympas.

La trace de la journée.



A l'arrêt du car postal, derniers ajustements sur les sacs.




En route, la neige est encore loin.




Le chemin a été coupé par de nombreuses avalanches dont nous
devons franchir les coulées (agrandir pour voir le personnage
qui donne l'échelle).







Lundi 20 avril, Piz Giuv (3096 m) en boucle

Le temps est au grand beau lorsque nous quittons le refuge en direction du Piz Giuv. Comme nous y reviendrons le soir, les sacs sont légers. La montée est assez directe, le sommet est visible depuis le refuge, et pendant presque toute la montée. Nous passons un petit col, puis nous finissons à pied pour atteindre le sommet, marqué par une croix en bois. Nous redescendons sur le versant sud, sur environ 400 m de dénivelé, dans une neige super agréable à skier. Nous remettons les peaux pour remonter vers un petit col sans nom (2830 m) qui nous permet de rebasculer vers le refuge. La descente là encore est très agréable. Je peux même profiter d'une longue sieste l'après-midi. Nous sommes seuls au refuge, Yvan et Caroline, qui sont partis, nous ont aussi laissé des restes de nourriture qui nous seront bien utiles. Le soir, nous préparons le trajet du lendemain, et on voit que le dénivelé sera plutôt proche de 1700 m (avec les gros sacs), contrairement au petit programme que nous avait donné Georges qui indiquait 1000 m. C'est la bonne surprise, qui nous fait bien rire !

La trace de la journée.



Un peu en-dessous du refuge, un joli petit vallon. Le sommet est au loin devant, légèrement à gauche.





Didier et Christian.





Dans le petit vallon alors que le soleil se lève.




Passage de la corniche pour atteindre le col. Christian se retient d'éternuer...




Au sommet, Christian et Georges.




La belle croix et son écriture gothique.




On remet les peaux pour remonter au col.




Georges évalue la pente.





Georges en action dans la descente...




Mardi 21 avril, de Etzlihütte à la cabane de Cavardiras, sommet de l'Oberalstock (3328 m)

Le vent souffle fort pendant la nuit, mais heureusement lorsque nous sortons le matin vers 6h, il s'arrête. Nous commençons par une petite descente en neige gelée, puis nous remontons vers le Chrüzlipass (2347 m). De l'autre côté, la descente est assez raide et en neige gelée, la chute est fortement déconseillée. Nous remettons de nouveau les peaux pour atteindre un petit col à 3094 m d'altitude, au pied de l'Oberalpstock. Nous y laissons le sac, et nous faisons le sommet en aller-retour. La vue est magnifique. Pause repas, et belle descente du glacier Brunnifirn. Nous n'avons vu personne de la journée. Nous arrivons enfin à la cabane Cavardiras (2649 m), qui n'est pas gardée. Le refuge d'hiver est agréable, nous avons cependant pas mal de difficulté à allumer le poêle, qui nous enfume tous avant de se mettre enfin à fonctionner. Nous faisons fondre la neige pour préparer de l'eau, tout cela nous occupe une bonne partie de la fin de l'après-midi. Un randonneur solitaire nous rejoint, nous serons donc 5 au total pour la soirée. En préparant de nouveau le trajet du lendemain, nous avons une nouvelle surprise sur le topo, encore une petite sous-estimation de 1000 m de dénivelé environ sur le programme...

La trace de la journée.



Le jour se lève sur Etzlihütte.













Au sommet de l'Oberalstock.




Descente sous le sommet pour rejoindre le col.





Deux fois Christian dans la descente...






Pause pique-nique, seuls dans l'immense glacier.




Arrivée à la cabane Cavardiras.

Mercredi 22 avril, de la cabane de Cavardiras à Planurahütte, par le sommet du Gross Schärhorn (3295 m)

Nous sommes dehors à 6h, alors que le soleil se lève. La journée commence par une belle descente de 800 m de dénivelé environ, dans la belle lumière matinale. La neige est agréable, sauf sur le bas où nous devons traverser des coulées d'avalanche durcies. Nous atteignons le vallon di Caurein (1820 m). Nous le remontons sur 1000 m environ, jusqu'au col Furcla da Cavrein (2844 m). Pour le traverser, nous devons faire un petit rappel pour prendre pied sur le glacier Hüfifirn. Petite remontée plein est, pour passer au-dessus de barres rocheuses, puis nous faisons une belle descente jusqu'au centre du glacier. Nous remettons alors une fois de plus les peaux pour nous diriger vers le Gross Schärhorn, en passant à côté de beaux séracs. Il n'y a personne sur le glacier, pourtant immense, mais par contre des petits avions et des hélicoptères font des exercices d'atterrissage, c'est un peu bruyant. A part Didier, nous ne sommes pas très motivés pour monter au sommet du Gross Schärhorn, mais il réussit à nous y «tirer». Nous faisons un petit dépôt pour alléger les sacs, et nous faisons les derniers 500 m de dénivelé dans une neige qui commence à ramollir. Les derniers mètres vers le sommet (3295 m) sont un peu aériens, la vue y est très belle. La descente est agréable dans la neige un peu souple. Il nous faut encore une fois remettre les peaux pour une longue remontée vers Planurahütte, qui est gardée. Lorsque nous l'atteignons, cela fait 11h que nous sommes partis. Hormis les gardiennes et nous, il n'y a que 3 autres personnes. Le coucher de soleil est très beau.

La trace de la journée (le GPS donne plus de 2000 m de dénivelé...).



Levé de soleil sur Cavardiras.





La journée commence par une belle descente...




...dans le soleil levant.








Georges dans le rappel au col Furcla da Cavrein.





Une nouvelle petite montée pour aller au fond du bassin.





Didier remonte et passe près de beaux Séracs.




Didier et Christian au sommet.





Christian sur l'arête sommitale.




Longue marche encore pour le refuge.



Le sommet au loin derrière paraît petit. La marche est un peu longue pour rejoindre le refuge. Nous sommes toujours seuls dans l'immense glacier.




Jeudi 23 avril, de Planurahütte à Fridolinhütte, et Piz Clariden (3267 m)

Après la grosse journée de la veille, ce matin nous nous offrons le luxe de prendre le petit-déjeuner à 7h. Un fort vent a soufflé toute la nuit, et le matin il souffle toujours aussi fort. Nous allons faire le piv Clariden en aller-retour, ce qui nous permet d'alléger un peu les sacs. Nous partons d'abord par un grand plat légèrement ascendant. Comme d'habitude lors de ce raid, nous sommes seuls. Arrivé au pied du sommet, nous montons assez vite, un peu abrités du vent par une arête. Nous atteignons un petit col, et nous sommes de nouveau en plein vent jusqu'au sommet (3267 m). Il y a encore une croix au sommet, et une belle vue. La neige n'est pas terrible à la descente. Le grand plat semble monter également dans ce sens, c'est sans doute à cause du vent que nous avons presque de face. Christian et Georges remettent même les peaux. Nous cassons la croûte au refuge, à l'abri du vent. Nous repartons ensuite, en commençant par une très belle descente (neige douce, très agréable), dans le vallon de Sand, qui est de toute beauté. Ensuite, nous faisons une longue traversée légèrement ascendante, pour finir par une petite descente sur la Fridolinhütte (2111 m), qui est gardée par 3 femmes. Il y a 6 autres randonneurs, et 2 chats.

La trace de la journée.


Petit matin venté...




Progression à plat vers le piz Clariden, visible au fond.




Christian et Didier au sommet.




L'après-midi, en-dessous du refuge. Derrière Didier, la face du
Piz Russein. Nous serons en haut demain.



La Fridolinhütte apparait.



Arrivée à la Fridolinhütte nichée sous d'impressionnantes falaises.




Vendredi 24 avril, de Fridolinhütte (2111 m) au Piz Russein (3614 m) et redescente sur Tierfehd (800 m)

Le vent souffle encore toute la nuit, parfois très fort. Quand nous nous levons à 5h il souffle toujours, mais lorsque nous sortons à 6h, il semble se calmer. Effectivement, il va s'arrêter rapidement, et le temps est toujours au grand beau, nous avons vraiment de la chance ! Les 6 autres personnes (un groupe de 4 et un groupe de 2) vont aussi au Piz Russein, c'est le seul jour du raid où nous ne serons pas seuls. Nous commençons par une petite traversée, puis nous descendons la moraine pour rejoindre le centre du glacier. Nous faisons une petite dépose de matériel pour nous alléger. Ensuite, nous montons au-dessus d'une belle barre de séracs, puis au milieu d'une seconde barre, tout aussi imposante. Le passage n'est pas évident, nous trouvons un chemin, mais Georges et Christian préfèrent passer en crampons, skis sur le dos. L'autre groupe de quatre évite cette deuxième barre en passant à gauche dans un couloir assez raide, qu'ils doivent remonter en crampons. Finalement, notre option semble la plus rapide, nous débouchons les premiers au-dessus de ces difficultés, et l'itinéraire pour le sommet est ensuite assez évident et sans problème technique. Nous quittons les skis à une vingtaine de mètres du sommet, la fin se fait à pied. Les conditions sont parfaites, il n'y a quasiment pas de vent, la vue est magnifique. Christian nous rejoint, nous faisons des photos. Didier et moi voulons redescendre par le couloir. Comme il est exposé Est, nous nous dépêchons un peu pour que la neige n'y soit pas trop ramollie. C'est un peu impressionnant, car assez raide (40° sur 300 m), et en entonnoir qui se resserre en bas avec quelques gros rochers. Nous passons quand même, pas toujours avec style, mais ensuite nous rejoignons un vallon très agréable bordé par les séracs. Nous récupérons le matériel déposé, et nous attendons sur des rochers confortables Christian et Georges qui descendent par l'itinéraire de montée. Pause repas, et nous continuons la descente dans une neige qui s'alourdit. Il faut trouver son chemin entre les plaques de neiges, nous passons dans des buissons et des rochers, c'est le jeu classique des fonds de vallée en fin de saison. La neige disparaît définitivement vers 1350 m d'altitude. Ensuite, nous portons les skis sur un long trajet, 2 à 3 heures, dans une belle vallée très encaissée. Nous arrivons à Tierfehd (800 m) vers 17h30, cela fait 11h30 qu'on marche. Par chance, la voiture de la Guesthouse de Linthal est là. Nous les appelons, et ils arrivent (ils se baladaient dans la forêt) et nous emmènent à Linthal. Nous pouvons prendre enfin la première douche de la semaine, bienvenue et efficace. C'est la dernière nuit près des montagnes, mais le mauvais temps est annoncé pour demain, nous sommes passés juste dans la fenêtre de beau temps...

La trace de la journée.


Didier en ski dans le passage délicat dans les Séracs. En-dessous,
Christian et Georges mettent les crampons.




Plus tard, Didier arrive au sommet.





Dans les Séracs.






Un peu au-dessus, la trace est plus sûre.






Encore un petit passage sous sérac.






Didier au sommet.






Didier et Christian.






Descente en serrant à gauche pour prendre le couloir.





Dans le couloir, un peu impressionnant.




Idem, mais plus bas et vu d'en-dessous.





Sous la deuxième barre de séracs. A droite le couloir par lequel nous sommes descendus.






Didier, le long de la première barre de séracs.






Un peu de godille sur la neige parfaite.





Belle trace sous le premier front de séracs.




La fin de la neige. Derrière, le sommet du Russein domine la vallée.





Dans le bas, la neige devient bien molle...





Le chemin est très beau, dommage que les sacs soient si lourds.




Un cycliste nous double dans la vallée étroite.




Un bel ouvrage permet de traverser le torrent.



Samedi 25 avril, retour

Nous partons tôt de la Guesthouse, pour attraper le premier train, pour Lucerne pour les copains, et pour Zurich puis Genève-Aéroport pour moi. C'est la fin de la saison, sauf pour Georges qui a encore une semaine programmée. En tout cas, nous sommes enchantés de ce raid, la météo parfaite, les beaux paysages, la solitude, et ses étapes parfois bien physiques. De retour à la maison, je parafine mes skis pour le stockage d'intersaison, et il ne reste plus qu'à attendre l'hiver prochain...


Didier a fait un compte-rendu sur le site Camp-to-Camp, et Christian a mis ses photos son compte Flickr.


Retour au sommaire du site