Un tour de Margeride en VTT, du 27 mai au 1er juin 2022



Textes et photos par Philippe Quaglia. Tous droits réservés.

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Jeudi 26 mai, jeudi de l'ascension

Je pars tôt de la maison pour prendre le train de 7h14 pour Lyon au départ de Genève. Je suis un peu stressé, car sur le site des TER, ce train est annoncé comme complet. Je n'ai pas pu acheter de billet en ligne, j'ai indiqué un autre horaire pour pouvoir en acheter un (mais les billets TER sont valables toute la journée, donc ça devrait aller). Je suis un des premiers sur le quai, bien avant que le train n'arrive. Je peux donc m'installer assez vite, et surtout mettre le vélo dans un des rares emplacements disponibles. Le train est effectivement assez plein, mais j'ai déjà connu pire. Pas de retard, j'ai donc deux heures d'attente pour ma correspondance à Lyon. Je suis mon rituel classique, piste cyclable en direction du Rhône, plein de viennoiseries à la boulangerie de la Liberté, et enfin, dégustation sur les gradins au bord du Rhône, où je pourrais passer des heures à regarder passer les piétons et les cyclistes: un grand black sur sa planche à roulettes tirée par un Huski en laisse, des cyclistes qui se tirent la bourre, les touristes sur leur vélibs mal réglés, les cyclorandonneurs sur la Viarhôna, les électriques, les mécaniques, les jogueurs et les promeneurs...
Le train pour Valence est bondé, il y a plein de vélos qui descendent à Vienne, le tronçon de la Viarhôna entre Lyon et Vienne n'étant pas aménagé. Didier m'accueille à la gare, nous mangeons ensemble avec Danielle sur leur balcon avec une belle vue sur le Vercors. Ensuite, longue route jusqu'au Trailus, quelques kilomètres au nord de Ruynes-en-Margeride. On y retrouve les copains, Georges et Christian, Fredéric et Jacky. Le gîte est dans une belle bâtisse, des ânes paissent alentour. Il y a pas mal de monde.


A Lyon, sur le bord du Rhône

Nos amis du soir




Vendredi 27 mai, Trailus - Le Sauvage, 47 km

Quand nous nous levons, il y a du soleil au-dessus du gîte, mais des nuages partout ailleurs. Il fait un peu frais avec un peu de vent. Le petit déjeuner est un peu chaotique, en raison d'une panne de la machine à café (thé / chocolat aussi). Nous partons enfin, et nous nous retrouvons assez vite dans les nuages. Il y a de beaux genets en fleurs, dont j'apprécie toujours autant l'odeur douceâtre. Une bonne montée nous réchauffe un peu, ce qui est bienvenu. Dans l'ensemble, les chemins sont assez roulants. Nous passons à un émouvant monument national aux maquis. La trace GPS prend parfois des raccourcis qui n'existent pas sur le terrain, conduisant à de petites erreurs d'itinéraires. Nous passons au sommet du mont Mouchet (1497 m) et continuons sur un parcours très varié et vallonné. Nous traversons le village de Paulhac-en-Margeride, mais il n'y a aucun commerce, je n'ai rien prévu pour le pique-nique. Tant pis, je mange quelques barres, et je ferai mieux demain. On voit un très beau milan royal et un renard. Plus loin, sur le bord du chemin, des panneaux «didactiques» posés par la région disent que les renards sont des nuisibles !!! Scandaleux, la région finance sans filtre la propagande des chasseurs ! Nous passons à côté de la belle chapelle Saint-Roch, puis nous arrivons au gîte de Sauvage. C'est un très beau site, mais situé sur un chemin de Saint-Jacques de Compostelle, il y a beaucoup de monde. On profite d'une tarte et d'une bière. Il y a essentiellement des marcheurs sur le chemin de St-Jacques (mais vu personne qui allait jusqu'au bout), et un autre groupe de VTT, en électrique. Discussion intéressante avec eux pour comprendre les contraintes et avantages de l'électrique en itinérant. Bon repas, le patron nous raconte l'histoire du site et sa gestion par les exploitants de la région qui y écoulent leur production.



Départ dans la brume

Le monument aux maquis



Un paysage de taïga



Autour de la table d'orientation du Mont Mouchet

Beau chemin



La chapelle Saint Roch

La chapelle Saint Roch



En arrivant au gîte du Sauvage



Le soir tombe sur le Sauvage




Samedi 28 mai, Le Sauvage - Rieutort-de-Randon, 53 km

Le matin, nous sommes dans le brouillard, avec pas mal de vent. Nous ne nous dépêchons pas pour prendre le petit-déjeuner. Il y a toujours du brouillard quand nous partons, avec le granit et les genêts on se croirait en Bretagne. Le brouillard fini par se lever, mais pas le vent, il fait frisquet. Alternance de belles landes et de forêts. Nous longeons la clôture d'une réserve de bisons d'Europe mais sans en voir. Vers midi, nous prenons notre repas sur table de pique-nique dans le hameau du Giraldès et nous voyons passer des cyclistes de route avec qui nous avions discuté plus tôt le matin en croisant une route à un col, puis peu après les VTT électriques qui étaient au Sauvage hier soir. Nous repartons par une forte montée jusqu'au col du cheval mort, puis jusqu'au Truc de Fortunio (1551 m) qui sera le point culminant de cette semaine. Il y a un super panorama, mais une légère brume qui empêche de voir les sommets les plus lointains indiqués sur la table d'orientation. Il y a un fort vent aussi, «Ça ne sent pas le moisi» selon l'expression imagée de Jacky. On descend rapidement jusqu'au lac de Charpal, aux eaux noires tourbeuses, puis on repart plein ouest, pour rejoindre Rieutord-de-Randon. On peut faire des petites courses à la supérette, et ce soir nous dormons à l'hôtel. Bon repas (boulettes d'aligot), il y a beaucoup de monde venu profiter du restaurant en ce samedi soir.


De nouveau dans le brouillard



Fred

Jacky



Didier

Christian



Georges

Christian arrive à la sortie d'un très beau sentier



Le panorama est superbe



Et le chemin aussi



Au sommet du Truc de Fortunio. Au loin, on voit le lac Charpal où nous serons bientôt, après une rapide descente




Le groupe sur la berge du lac Charpal



Pause près d'une jolie chapelle



Pause près d'une jolie chapelle




Dimanche 29 mai, Rieutort-de-Randon - Nasbinals, 48 km

Pas très bien dormi cette nuit. Il fait grand beau ce matin, et le petit-déjeuner est copieux et très bon. Cette journée le trajet est un peu plus facile. Il y a de belles landes, des genêts, des vaches mais aussi de superbes milans royaux et de très beaux villages. Nous passons au bord du joli lac de Ganivet, puis dans la cité antique de Javols. Des panneaux indicateurs présentent l'histoire de ce village, qui du temps des Romains était une ville importante, et qui n'est plus qu'un gros village. Vers midi, nous passons à Aumont-Aubrac, gros bourg animé où il y a même un magasin de vélo. Ravitaillement à la boulangerie, et déjeuner un peu plus loin dans la landes, à l'ombre du soleil qui commence à taper. Pendant que l'on mange passe un couple qui monte à cru un magnifique cheval de trait. Nous nous retrouvons de nouveau sur le chemin de Compostelle, il y a de nouveau beaucoup de marcheurs. Plus loin, Fred a un problème avec sa valve qui fuit. Nous faisons une halte technique pour changer sa valve, heureusement nous en avons de rechange. Nous passons près d'un gîte qui vend des glaces. Jacky et moi nous y arrêtons pour en profiter, les autres continuent. On en profite bien, puis on se dépêche un peu et nous finissons par les rattraper. Il y a de plus en plus de marcheurs, tous semblent prendre le chemin de Compostelle, alors que tous les autres sentiers sont vides. À la sortie du village de Mongros on voit un tumulus en pierre qui est en fait une citerne en pierre construite par les romains en 76 avant JC. Comme dans presque tous les villages que nous traversons, il y a un «travail», dispositif en pierre et bois qui permet d'immobiliser les boeufs et les chevaux pour les ferrer. Une dernière descente et nous rejoignons le village de Nasbinals, où nous allons dormir dans le gîte communal, simple mais confortable. Le village est assez touristique, fréquenté par tous les randonneurs. Le soir, nous trouvons in-extremis un petit bistrot où manger, tout est complet.


Georges

Les barrières étrangement décorées de petits napperons



Nous traversons de beaux hameaux un peu endormis



Jacky sur le plateau granitique



En remontant au-dessus de Javols

Prosélytisme sur le sentier



Concertation autour d'un pneu

Jacky et de beaux arbres



Un joli pont

A Mongros, une ancienne citerne romaine



Sur la place de Nasbinal, retour dans le passé




Lundi 30 mai, Nasbinals - Laguiole, 51 km

Bonne nuit, on se lève à 7h et je fais l'ouverture de la boulangerie. Je dévore deux jésuites (délicieuse spécialité, bizarrement nommée sur ce chemin de Compostelle...) et un pain au chocolat. Suite du petit-déjeuner au gîte. Il y a toujours du vent, et les premiers km, sur route, sont bien friquets. Encore vu un beau renard. Nous empruntons des chemins assez roulants, direction le bord sud du plateau de l'Aubrac. Ensuite, on prend un sentier bien raide, puis plus de sentier du tout (nous poussons les vélos dans les champs) pour rejoindre le point culminant du coin, le signal de Maihebiau (1469 m). Après en être redescendu et avoir suivi une petite route jusqu'au col des Vernhes, la trace nous fait passer dans des champs, il n'y a plus trop de sentier. Nous devons ouvrir et fermer des dizaines de barrières, et parfois faire de larges détours pour contourner les vaches et leurs petits, et parfois un ou des taureaux. On dirait qu'à chaque fois elles ont un malin plaisir à se mettre en travers de notre chemin, nous obligeant parfois à passer dans la boue ou passer sous les barbelés. Dans ces conditions, nous n'avançons pas très vite. Nous arrivons au beau village d'Aubrac, et après un petit trajet sur route, nous nous retrouvons de nouveau dans des mauvais sentiers, parfois ravagés par l'exploitation forestière, avec des montées raides et encore des troupeaux à contourner. Encore vu un beau renard tout proche. Nous traversons de belles forêts de hêtres, la vue est très belle vers l'ouest depuis le bord du plateau. Nous passons près d'une grotte qui a abrité des résistants pendant la guerre. Le chemin en balcon est superbe, une dernière descente bien agréable nous permet de rejoindre le gîte où nous passerons la nuit. La patronne est sympathique et bavarde, le repas est très bon, et le gîte est tout neuf tout beau.


Une maison au milieu de nulle part

Esthétique des formes








Au milieu de grandes steppes, comme en Mongolie




Au signal de Maihebiau

Jacky in action





Panorama herbeux



On rejoint enfin un sentier

Dans le village d'Aubrac



L'entrée de la grotte qui servait de refuge aux maquisards

Toujours dans la steppe, avec des gentianes







Mardi 31 mai, Laguiole - Fournels, 55 km

Nous avons entendu la pluie tomber sur velux pendant la nuit, et le temps est menaçant le matin. Nous profitons du bon petit-déjeuner et attaquons la descente vers Laguiole. Il y a beaucoup de commerces, comme d'habitude on dévalise la boulangerie. Ensuite nous suivons une longue montée, et la pluie nous rattrape. Nous nous abritons un moment sous le couvert d'une forêt de hêtres, puis nous repartons, toujours sous la pluie. Longue succession de passages dans des pâturages. Nous ouvrons / fermons encore une quinzaine de barrières avec parfois des vaches curieuses qui veulent sortir. Petit à petit la pluie s'estompe. Nous faisons notre pause déjeuner à Recoules d'Aubrac. Georges, Christian et Jacky nous quittent pour prendre un chemin plus direct, tandis que Didier Fred et moi continuons par le GR. Le trajet est très varié et agréable, petits sentiers, pistes, petites routes, etc. Il y a même quelques randonneurs, bien que nous ne soyons pas sur le chemin de Compostelle. Joli village de Brion, puis après le hameau de Echalouppe, une montée super raide que seul Didier arrive à faire sans descendre du vélo nous permet de rejoindre le rocher du Cheylaret, constitué de belles orgues de basalte. À son sommet se trouve une table d'orientation, et une statue très sensuelle de la vierge. Quelques bonnes petites montées encore, puis une longue descente nous amène dans le village de Fournels. Nous visitons un peu (il y a un beau chateau, mais qui est privé), puis nous trouvons le gîte communal. Les autres ne sont pas encore arrivés. Nous nous installons, nous sommes seuls. Douche, rangement des vélos, quelques courses, et nous mangeons ensemble le repas que nous avons préparé, soupe, pâtes et yaourts. Nuit tranquille, je suis dans une chambre seul.


Mon vélo intrigue les vaches



Jacky

Georges. On dirait qu'un orage se prépare...



On repart sous la pluie

Encore de longs prés



A défaut de trains, les vaches adorent nous voir passer



Dans un beau village

Les orgues de basalte du rocher du Cheylaret



Et la vierge du sommet

De bien belles bêtes



Vue sur le village de Fournels alors que le soleil se couche sur l'église






Mercredi 1er juin, Fournels - Trailus, 39 km

Levé un peu avant 7h, je vais avec Georges à la boulangerie dont nous faisons l'ouverture. Petit-déjeuner et nettoyage du gîte, et nous partons un peu avant 8h. Le ciel est toujours couvert, mais il fait doux. Jolis chemins, nous voyons plusieurs chevreuils et des lièvres. Quelques gouttes tombent. Nous suivons le GR, et Georges, Christian et Jacky prennent parfois la route, mais nous nous retrouvons régulièrement. La trace GPS indique parfois des chemins qui ne sont plus, comme à l'entrée du village de Faverolles. Avant Gabarit, nous suivons le GR qui promet une descente très raide. Mais en haut d'une colline, le passage est barré par une propriété barbelée, impossible de passer. Nous devons faire demi-tour et passer par la route, on l'on retrouve les autres. Nous passons au pied du viaduc de Garabit, très impressionnant. Le niveau de la rivière est par contre déjà très bas. De l'autre côté du pont, nous attaquons une longue remontée vers Ruynes-en-Margeride. Nous déjeunons sur la place du village, qui semble un peu sinistré. Ensuite, nous attaquons la dernière remontée, très raide encore, jusqu'au gîte. Nous retrouvons les voitures, chargeons les VTT. Un dernier verre, et nous attaquons la route, 4h jusqu'à Valence. Train pour Lyon. Comme à l'aller, je fais un tour sur les quais du Rhône en attendant ma correspondance, super ambiance de soir d'été, plein de gens. Je les quitte à regret. Le train pour Genève part avec 35 mn de retard, car il attendait un TGV retardé par des feux sur la voie. J'arrive à Genève après 23h, et sur les quelques kilomètres qu'il me reste à faire pour rejoindre la maison, je me fais tremper par un énorme orage qui éclate 10 mn après que j'ai quitté la gare. Comme ça, mon vélo est nettoyé.


Le château de Fournel

J'aime bien les poteaux de clôture en granit, garantis 1000 ans.



Vue prémonitoire sur la fin du pétrole ?

Premier aperçu du viaduc de Garabit



Impressionnant pilier

Le niveau du lac est bas



Jacky et Fred



Toujours le viaduc



Le dernière montée au-dessus de Ruynes en Margeride, très raide. On voit Didier en train d'arriver.


Au total, nous aurons fait environ 300 km et 6400 m de dénivelé.

Merci encore à Didier pour cette organisation sans faille, et à tous les copains pour l'ambiance et la camaraderie.



Christian a mis des photos de ce tour sur son site, qui sont un peu spéciales à partir du jour 3, suite à un déréglage sournois de son appareil. Les photos de Didier sont sur son CozyCloud, et il a fait un petit topo sur VisuGpx.

Vue générale de l'itinéraire. Cliquez pour voir en plein écran.