Haute Route Valpelline, 13-19 avril 2003

Participants: Capt'aine Georges, Didier, Hubert, Christian, Sylvain et Philippe
Texte de Philippe Quaglia et photos de tous les participants.

Les photos sont cliquables, pour obtenir un agrandissement. Mais attention au temps de chargement, notamment pour le panoramique !



Samedi 12 avril 2003
Didier nous retrouve chez Olivier, à Lyon, pour dire bonjour au petit Pablo. Retour à Solaize, bon repas à la maison, et après quelques bricolages informatiques, au lit.

Dimanche 13 avril 2003
Bourg St Pierre, 1600 au Refuge du Vélan, 2642

Départ tôt le matin, direction la Suisse, sous le beau temps. Petite pause à Martigny, pour faire le plein d'essence et de Francs Suisses, et nous arrivons à ?? où nous garons la voiture. Nous retrouvons Hubert à l'arrêt du car postal, que nous prenons ensemble jusqu'à Bourg St Pierre.

Montée à la cabane du Vélan



Arrivée à la cabane du Vélan, à l'architecture futuriste.



Il y a deux autres randonneurs Suisses, en discutant un peu nous découvrons qu'ils ont prévu le même itinéraire que nous, pour les quatres premiers jours. Ils semblent un peu contrarié par cette nouvelle, peur que les bivouacs soient complets. Le chauffeur du car est sympa, il nous pose exactement au départ du sentier.
Nous portons les skis sur le sac, quelques marmottes précoses nous regardent passer. Un moment, nous avons le choix entre passer par la gorge du ruisseau, qui permet de mettre rapidement les skis, ou passer plus haut sur une épaule, qui oblige à porter plus. Nous prenons la première option, les Suisses la seconde.


Le passage de la gorge en fait n'est pas très facile, et nous devons souvent déchausser. Plus haut, nous retrouvons les Suisses qui font une petite pause, sous les pentes un peu raides qui donnent accès au refuge qui nous domine de se façade futuriste. A l'arrivée, nous retrouvons avec plaisir Georges, Christian et Sylvain. Le groupe est au complet, le paysage est grandiose avec des Séracs de toutes parts, le refuge est agréable et pas trop peuplé, bonne journée quoi !


En direction du col de Valsorey.



Didier arrive au col de Valsorey.



Lundi 14 avril
Refuge du Vélan, 2642, sommet du Vélan, 3737, plan de By, 2000, bivouac Régondi, 2590

Départ matinal, à 5h30, la journée va être longue... La neige est dure, et nous nous dirigeons vers le col de la Gouille en nous élevant régulièrement sous de beaux séracs. Le col se termine par un petit couloir raide, que nous devons passer skis sur le dos, crampons aux pieds. A travers une jolie trouée rocheuse, nous nous retrouvons sur l'autre versant, tout aussi raide, que nous désescaladons, crampons toujours aux pieds. Nous reprenons pieds sur le glacier, et recommençons la progression en skis, sous des Séracs toujours plus impressionnants.


Nous remontons un grand plateau, puis au pied d'un petit ressaut, nous faisons un dépot de matériel: nous allons faire le sommet en aller-retour, et nous repasserons ici à la descente. La cordée des moins de 60 kilos, Georges, Christian et Sylvain, file devant, nous les rejoignons au sommet. Joli panorama, avec le Grand Combin au premier plan. Nous ne trainons pas, et nous revoilà au dépot de matériel.
On recharge les sacs, lourds, très lourds avec les trois jours de vivres, les vivres de course de la semaine, le sac de couchage. Les Suisses sont devant, suivis de près par la cordée des moins de 60, et nous un peu derrière. Cette fois, plus de traces, il faut faire le chemin. La cordée Suisse perce deux ponts de neige de suite, puis trouve un itinéraire plus sûr au milieu des crevasses. Nous suivons, jusqu'à un petit sommet.


Didier et Philippe au sommet du Mont Gelé.



Vue sur le grand Combin et le Mont Blanc.



Nous dominons le beau col de Valsorey, des nuages dégueulent entre des petits sommets proches, la vallée de l'autre coté du col file au loin, c'est très beau.
Après quelques hésitations pour trouver le bon chemin, nous rejoignons le col en descendant une belle arête mixte. Nous rechaussons au col, le départ dans la pente se fait en sautant une jolie corniche. La neige est exposée est, elle a déjà pas mal chauffé et la descente n'est pas très agréable. Plus bas, nous trouvons quand même de la neige plus agréable. Nous passons près du bivouac Savoy, et continuons jusqu'au plan de By. Petite pause repas, près d'un ruisseau, il est quand même 15 h !






Le petit bivouac Spataro, de l'extérieur.







Le même, de l'intérieur, avec Georges et Hubert...





Nous suivons alors pendant une bonne heure une longue piste assez plate qui se faufile entre des bergeries, avant d'attaquer une bonne montée vers le bivouac Régondi, où nous arrivons vers 18 h. Nous y retrouvons les deux Suisses, Joseph et son compagnon. Il n'y a personne d'autre. Bon repas, et au lit, bien fatigués après cette grosse journée.


La longue remontée du glacier d'Otemma.



Le bivouac de l'Aiguillette est accroché sur la crête, dans un merveilleux paysage.



Mardi 15 avril
Bivouac Régondi, 2590, Mont Gelé, 3518, bivouac Spataro, 2588

Le matin, nous sommes dans le brouillard, nous prenons notre temps pour déjeuner, et nous partons vers 8h15, vraiment pas matinaux ! L'orientation n'est pas aisée, nous sentons cependant que le beau temps n'est pas loin. En effet, vers 3100 m, nous sortons des nuages, et nous revoilà dans le beau temps sous un ciel bleu immaculé. Peu de temps après, vers 3200 m, nous posons les sacs, et nous voilà partis vers le sommet tous légers. Le sommet est atteint sans difficultés, le panorama est superbe encore. Joseph et X sont là, ils se font du thé à l'abri d'une grosse pierre. Redescente en bonne neige, grisés, nous manquons presque les sacs ! Casse croûte, puis toujours dans de la bonne neige, nous atteignons le bivouac Spataro vers 14h30.


Les Suisses descendent une centaine de m plus bas au refuge de Crête Sèche. Nous sommes seuls au bivouac, tant mieux, il n'y a que 8 places, et le confort est moyen. Par contre, Georges trouve une source à proximité, gros confort qui évite la corvée de fonte de neige. Nous nous reposons et faisons sêcher les affaires mouillées au soleil, dans le très joli paysage.


Dans la montée vers la pointe d'Oren, alors que le brouillard vient juste de se lever.




Extrait du panorama depuis la pointe d'Oren. Pour le panorama complet, cliquez sur la photo (mais attention, long à charger).





Sur le glacier du Chateau des Dames, soudain le Cervin apparaît dans notre dos.



Mercredi 16 avril
Bivouac Spararo 2588, col du Chardonney, 3185m, bivouac de l'aiguillette de la Singla, 3180 m

Départ le matin dans le petit jour, mais nous voyons loin devant déjà les frontales des Suisses, partis de plus bas, mais plus tôt. Série de conversions sur la neige dure, pour atteindre assez facilement le col du Chardonney. Belle descente, mais nous abandonnons notre objectif initial, le Bec d'Epicoune, qui ne semble pas en condition. Nous continuons notre descente vers le glacier d'Otemma, et le groupe se scinde en deux, chacun essayant de rejoindre ce long et plat glacier le plus haut possible. Nous nous rejoignons tous un peu plus tard lors d'une pause déshabillage. On attaque une remontée lente, et le vent joue à soulever de petites volutes de neige à ras du sol, très esthétiques.


Nous commençons alors à tirer à droite, pour attaquer une pente raidissante qui nous mêne relativement vite au bivouac de l'Aiguillette de la Singla, où nous retrouvons nos amis Suisses. Encore une fois, nous serons seuls ensemble. Le bivouac, accroché à flanc de l'Aiguillette, a tout le confort suisse: gaz, large espace cuisine, toilettes acrobatiques. Le paysage est superbe. Nous faisons une pause repas, et nous voilà reparti vers le petit Blanchen, tandis que nos deux collègues suisses partent à l'assaut d'un autre sommet. Au pied du petit Blanchen, la pente se raidie et est fort crevassée. Un de mes couteaux ne tiens pas, je déploie de gros efforts pour me maintenir dans la cordée, mais une grande plaque de glace vient à bout de mes nerfs. Je me décorde et creuse un petit trou pour attendre Didier et Hubert qui continuent seuls vers le sommet. Je cuits gentiment en plein soleil, ils reviennent une petite heure plus tard et nous redescendons dans cette belle paroi vers le refuge. Nous nous retrouvons tous ensemble, bon repas, et au lit.


Au sommet du Chateau des Dames, Philippe, Didier, Sylvain et Georges se serrent pour laisser un peu de place au Cervin...



Sur l'arête, vers le glacier de Vofrède.



Jeudi 17 avril
bivouac de l'aiguillette de la Singla, 3180 m, Pointe d'Oren, 3525 m, refuge de Prarayer, 2005 m

Nous redescendons vers le glacier d'Otemma, toujours précédé des Suisses, et nous remontons la vallée suivante vers le Col du petit Mont Collon, puis vers la pointe d'Oren. Nous nous retrouvons dans du brouillard, pas loin de sommet, et alors que nous discutons du meilleur itinéraire, il se lève d'un seul coup pour nous dévoiler le chemin évident vers le sommmet. Didier fait une belle série de photos du panorama. Skis sur le dos, nous suivons l'arête jusqu'à une petite pointe, d'où nous pouvons chausser pour descendre le glacier d'Oren Nord, sur une très bonne neige, très plaisante.


La neige mollie quand nous continuons notre descente par la combe d'Oren. En fond de vallée, on retrouve les odeurs de la forêt, les premières fleurs, un peu de la vie qui contraste avec la haute altitude. Par un petit sentier, nous rejoignons le refuge de Prarayer, gardé, avec des douches, un vrai luxe. Le soir, bon repas chaud, pas d'eau à faire fondre, le confort total !


Vendredi 18 avril
Refuge de Prarayer, 2005 m, chateau des Dames, 3498 m, Breuil Cervina 2000 m

Départ tôt en direction du refuge d'Aosta, puis nous traversons la rivière pour attaquer à droite le vallon qui mêne au glacier des Dames. La neige est dure, crampons aux pieds nous nous élevons en direction du col des Dâmes. A notre gauche, le Cervin apparaît subitement, très majestueux. Du col des Dâmes, nous suivons l'arête pour atteindre quelques rochers qui nous mênent au sommet. Dans un rocher, une très belle vierge sculptée dans du bois tout patiné et travaillé par les intempéries qui ont fait ressortir les veines. Au sommet, une grosse cloche est fixée à un mât metallique, chacun la fait sonner en arrivant au sommet. Nous regagnons le col, puis skis sur le sac, nous progressons sur l'arête Est pour regagner le glacier de Faufrède. Une belle et longue descente en direction de Breuil nous attends, avec le Cervin en ligne de mire. Nous cassons la croûte près d'un petit pont. Breuil est à quelques kilomètres, nous suivons à pieds un petit sentier qui longe la rivière, qui semble le plus court chemin pour la ville, mais de nombreuses congères nous ralentissent, et nous nous enfonçons régulièrement jusqu'aux cuisses. Nous atteignons enfin la ville, et d'un coup de téléphérique nous rejoingnons le refuge Théodulo. Il sert de "buvette" aux skieurs, la musique, et l'animation nous déboussolent un peu.



Descente vers le glacier de Vofrède.



De l'intérieur du refuge Théodulo, en attendant la soupe.



Les pistes ferment enfin, nous nous retrouvons entre nous, avec des skieurs de l'équipe de Suisse et de l'équipe de France de ski alpinisme. Les échanges sont intéressant, nous sommes fasciné par leur matériel et leurs performances, le beau chemin que nous avons parcouru semble les intéresser aussi. Très bon repas dans une superbe salle vitrée, avec vue, évidemment, sur le Cervin. La chambre est nettement moins belle, mais bon... Les prévisions météos ne sont pas bonne, nous commençons à douter de pouvoir finir par le Mont Rose.


Samedi 19 avril

Refuge Théodulo, 3317 m, sommet du Breithorn, 4165 m, Zermatt.

Effectivement, au réveil, le temps est assez couvert. Le temps de prendre le petit déjeuner, les choses s'améliorent un peu. Nous partons en direction du Breithorn, en remontant d'abord des pistes de skis, où travaillent des dammeuses. Je suis bien content de les quitter. Nous nous faisons doubler rapidement par des compétiteurs qui s'entrainent pour la course qui aura lieu ici la semaine suivante. Par une pente un peu raide, nous rejoignons un petit col, puis par une arête assez fine, le sommet. Nous avons laissé les skis au col. Les passages nuageux sont de plus en plus fréquent, quand nous entamons la descente, la visibilité est quasi nulle. Nous decidons de renoncer à notre traversée sur Pollux et vers le Monte Rosa Hutte, et nous commençons à descendre vers Zermatt.


Au sommet du Breithorn, une éclaircie entre les nuages.



Quelques heures après, bien en dessous du même sommet.



Nous quittons vite les pistes pour rejoindre l'Unter Téodulgletcher, dans un très beau paysage, sous le Breithorn. Vers la moraine, l'itinéraire devient très chaotique entre les crevasses, et plus bas encore, Georges et moi perdons l'autre partie du groupe. Nous nous retrouvons tous à la gare de Zermatt, bien heureux de cette très belle traversée. Il ne nous reste plus que quelques heures de train pour regagner nos voitures. Au passage, nous repérons l'accès au Dôme des Mishabel, et nous discutons de toutes nos courses futures....