Tentavive d'ascension du Dom des Mishabel, 19-22 mai 2004

Participants: Didier, Taka et Philippe
Texte, photos et assemblages des panoramiques par Philippe Quaglia.

Les photos sont cliquables, pour obtenir un agrandissement. Mais attention au temps de chargement, notamment pour les panoramiques !


Introduction

Le Dom des Mishabel, sommet peu connu, est cependant le troisième des Alpes par l'altitude (4545 m), après le Mont Blanc et le Mont Rose. Situé entre les vallées de Zermatt et de Saas, c'est le plus haut sommet entièrement Suisse.




Dans la pose casse croute pendant la montée. Le Cervin et le Weisshorn commencent petit à petit à s'imposer dans le paysage.



Mercredi 19 mai

En route pour Brigue, directement depuis Monaco, après le travail. Plaine du Pô, rizières, col du Simplon avec de très belles cascades, un peu d'angoisse sur la résistance du moteur, mais non, ça passe. Belles forêts qui recouvrent des pans entiers de montagnes, premières neiges. Redescente sur Brigue, et nuit à l'hotel.



Jeudi 20 mai. Randa, 1400 m, Dom Hütte, 2940 m

Départ tôt pour Stalden, ou j'arrive vers 7h00. Pas mal de difficulté pour acheter un ticker de parking, impossible dans ces petits villages Suisses de laisser sa voiture en dehors d'un endroit payant. Didier et Taka, qui arrivent par un bus de nuit de Paris me rejoignent, et nous attrapons le train qui nous laisse une trentaine de minutes plus tard à Randa, joli petit village aux chalets en bois. Petit déjeuner près de l'église. A 9h, les cloches sonnent, et tout le village arrive pour la messe, habillé sur son 31. Nous rencontrons alors la gardienne du refuge, avec qui nous discutons un peu. Elle nous invite à passer la voir à notre retour. Commence alors la longue montée dans la forêt, skis sur le dos, Didier et moi en chaussures de skis, Taka en baskets, mais avec le poids de ses chaussures de ski en plus sur le dos !
Nous rencontrons deux bouquetins pas farouches, aux cornes impressionnantes. Nous sortons de la forêt puis peu après commence la progression dans les barres rocheuses heureusement équipées de cables ou d'échelles. Les skis nous gênent parfois, l'itinéraire louvoie de vires en vires. Pose repas sur une des larges vires, le panorama est superbe, le Cervin et le Weisshorn en sont les points d'orgues. Nous continuons dans les barres, dont nous sortons enfin, pour trouver un peu de neige, qui nous permet de mettre les skis. Après quelques centaines de mètres de dénivellé supplémentaires, nous atteignons le refuge, tout beau avec ses volets peints en blanc et bleu.
Là, il y a quatres Italiens, 3 hommes et une femme, qui nous disent avoir fait le sommet le matin, en partant de la vallée, soit plus de 3000 m de dénivellée... Après nous avoir impréssionné par leurs performances, ils redescendent, nous laissant seuls. Le refuge est très beau et bien équipé, la cuisine est accessible, avec une cuisinière et du bois, (petit bois et buches), et une centaine de couchages pour nous 3, c'est le luxe ! L'après midi se passe tranquillement, de gros nuages bourgeonnent sur le Cervin. Nous nous couchons tôt. Dans la nuit, des forts bruits d'orage et de précipitations nous réveillent un peu...

Dans le couloir du Festijoch, la neige qui enfonce profondément rends la progression épuisante.






Nous chaussons enfin les skis pour quelques centaines de mètres de dénivellé. L'endroit est un superbe panorama sur le Weisshorn.




Encore un petit passage délicat dans le Festijoch. Nous apprécions notre bout de corde.

Vendredi 21 mai. Dom Hütte, 2940, quelque part sous le sommet, 4190 m, Dom Hütte.

Réveil à 3h, nous nous précipitons dehors. Il y a de la neige fraiche par terre, pas trop, mais partout, de gros nuages, et des éclairs fréquents, sur tous les sommets nous avoisinants. Quelques étoiles sont tout de même visibles ça et là. Nous discutons un peu, très indécis sur ce que nous devons faire. Découragés, nous retournons nous coucher. Mais après 5mn, le moral est revenu, et hop, nous voilà en train de faire bouillir l'eau, petit déjeuné englouti, et nous voilà sur les skis.
L'orage gronde toujours un peu, mais nous espérons que c'est juste un résidu de celui de la nuit, et que le beau temps devrai suivre. Facile montée jusqu'à la moraine puis par le glacier jusqu'au pied du FestiJoch. Là, les choses se compliquent : il s'agit de franchir ce col, qu'on atteint par un couloir neigeux et mixte à environ 45° sur environ 200 m, pour redescendre de l'autre coté prendre pied sur le glacier qui mène au sommet du Dom. Skis sur le dos, Didier attaque en tête. Mais le ciel est resté couvert toute la nuit, la température est douce, et la neige est très molle et enfonce.



Toujours à la montée, le même panorama que précédemment, cadré différement.






Le refuge apparait dans le superbe paysage. Il est tout mignon avec ses volets peints.






L'intérieur, tout en bois, est chaleureux et confortable, surtout quand on est que trois. Notez les casiers numérotés, et la table en arc de cercle adaptée au pilier central du batiment.



Dans le même passage que précédemment, sous un autre angle.

La progression est très lente et très pénible, chaque pas ou presque enfonce jusqu'aux cuisses. A mi pente, Didier semble découragé. A chaque pas la neige cède sous lui, et il ne progresse plus. Je le relaie, et non sans mal, arrive à repartir. Après encore de pénibles efforts, nous parvenons sur la crète. Petite déception, la descente n'est pas de l'autre coté, et nous devons encore parcourir la crète, avec quelques passages rocheux un peu délicats, avant enfin de reprendre pied sur le glacier, en franchissant la rimaye par une échelle en bois bienvenue. Un sérac tout proche s'écroule quand nous arrivons, et les débris qui balaient la voie de progression la plus évidente, nous montrent que l'itinéraire prudent doit faire un petit détour pour éviter de longer ces séracs.
La météo est toujours maussage, des nuages fréquents passent, et nous n'avons toujours pas vu le sommet qui reste perdu dans les nuages. Sur le glacier nous progressons rapidement, en évitant quelques belles crevasses. La couche de neige fraiche doit faire une dizaine de centimètres, elle sera bien agréable à skier à la descente.
C'est ici que nous décidons de faire demi-tour. Avouez que la visibilité est faible !




Dans la descente, peu de temps avant de rattaquer le passage du Festijoch, nous passons sous de beaux Séracs, dont un bout s'est effondré juste devant Didier, à l'aller.




Au retour, nous devons remonter un peu pour franchir le Festijoch. La corde que nous avons laissée à l'aller (fixée à la grande croix métallique qui marque le col) s'avère bien pratique.





Nous continuons à monter en direction d'une petite barre de séracs, et l'itinéraire est moins évident, surtout que de fréquents passages nuageux nous plongent dans un épais brouillard. Nous commençons à discuter et à envisager la descente, car le passage du Festijoch en sens inverse ne sera pas évident, surtout dans le mauvais temps. Nous nous arrêtons 10 mn pour voir si la météo s'arrrange, les nuages s'écartent un peu de nous et nous repartons donc, pour nous retrouver peu de temps plus tard de nouveau dans le brouillard. Comme le sommet reste invisible, et que le temps se dégrade de partout, déçus, nous décidons de faire demi tour. L'altimètre marque 4190 m.
Malheureusement, la plupart de la descente est maintenant dans le brouillard, et nous sommes obligé de skier près de nos traces de montées, car les crevasses sont trop nombreuses pour se permettre des fantaisies de trajectoire. Un peu plus bas, la visibilité s'améliore, et nous pouvons profiter une peu plus de la neige fraiche. Nous rejoignons assez vite le pied du Festijoch, puis nous attaquons la descente, dans la neige toujours aussi molle, et dans le brouillard. Le temps ne s'améliore pas. Nous rejoignons le glacier, et attaquons la descente. Il se met à neiger. Nous descendons toujours, et nous cherchons l'épaule sur la gauche où nous devons quitter le glacier pour rejoindre la moraine et le refuge. Le brouillard est maintenant très épais, et heureusement, nous retrouvons nos traces de montée, qui sont à peine visibles, effacées par la neige qui tombe bien maintenant. De nouveau sur le glacier, vue générale de l'arête de la Festigrad, qui disparait un peu dans le brouillard qui nous rattrape. Le couloir vers le Festijoch est bien visible (au moins sur l'image agrandie), en neige sur la gauche.




Didier sur la terrasse du refuge. Des nuages commencent à bourgeonner sur le Cervin.



Deux vues de la descente du Festijoch. Didier vu d'en dessous... ...et Taka vu d'au dessus. Tout en bas, le glacier.



Début de la redescente, dans un paysage qui est devenu un peu hivernal pendant la nuit. Moi j'aime bien cette amiance !



Nous réussissons à les suivre, et nous sortons du glacier. Sur la moraine, de beaux cairns nous confirment que nous sommes sur le bon chemin. Encore quelque temps, et nous tombons directement sur le refuge, qui apparait d'un coup dans le brouillard. Déçu de n'avoir pas réussi le sommet, nous sommes quand même content, nous avons bien lutté, mais la montagne n'a pas voulu de nous. La fin d'après midi se passe tranquillement, sur les photos du sommet qui sont dans le refuge nous identifions à peu près l'endroit où nous avons rebroussé chemin. Quand nous nous couchons, il neige toujours.
Samedi 22 mai. Dom Hutte à Randa
Le matin, le ciel est toujours très chargé et il neige faiblement. Pendant la nuit, il est tombé une petite dizaine de cm. Nous attaquons la descente et la neige est vraiment horrible : toujours super molle, les skis s'enfoncent terriblement, et chaque pierre cachée s'attaque au " microfinish " de nos semelles et à nos carres. Nous arrivons aux barres, skis sur le dos, et commence la descente, qui demande une grande attention sur les pierres glissantes et avec les skis qui tapent sans cesse. Des bans de brouillard passent et s'en vont, cachant et révèlant le paysage, il neige faiblement, et j'aime bien cette ambiance. Deux jours plus tôt c'était le printemps, et nous revoilà dans l'hiver. Nous effrayons deux lagopèdes qui se cachent vite. Peu après nous sortons des barres, et nous rejoingnons la forêt qui est toute humide, avec de très beaux lichens d'un vert tendre terriblement appétissant. Tout est si beau, notre journée d'hier était un si beau combat, tout ça me mets dans un état euphorique. Plus bas, nous croisons deux skieurs qui montent au refuge, et qui nous disent que les prévisions météo sont bonnes pour le lendemain.
Dans la descente, Taka négocie un petit passage un peu délicat en chaussures plastique sur rochers mouillés...






Au matin, les toilettes, avec neige fraiche et brouillard.






En attaquant la descente, les rochers sont tous poudrés et il neige faiblement, mais des coins de ciel bleu sont parfois visibles.




Malgré sa veste orange, Didier disparait parfois dans le brouillard. Les formes s'estompent, quelques flocons tombent, nous sommes bien dans le royaume de la montagne.

Nous atteignons Randa, et nous nous rendons chez la gardienne, qui nous accueuille très gentiment, avec son mari qui est guide. Nous discutons longuement, ils nous donnent des informations plutôt pessimistes pour la météo du lendemain. Nous repartons, et je décide de quitter Didier et Taka dont le bus ne rentre de toute façon que dimanche soir. Ils remontent à Tash Hûtte pour tenter le lendemain le sommet de l'Alpubel et redescendre sur Saas ou les attend leur car. J'hésite un peu, mais la météo mitigé et la longue route pour rentrer me décident à repartir. Nous nous séparons, et je reprends le train pour Stalden. Je repasse le Simplon, toujours très angoissé par la capacité de mon moteur, et je me retrouve dans la plaine du Pô sous un orage cataclismique qui m'oblige à m'arrêter. L'orage dure pendant une centaine de kilomètres, c'est impressionant ! Puis la suite, c'est comme d'habitude, le retour de la routine, et plus que de belles images dans la tête pour tenir. Didier et Taka finalement auront eu dimanche un temps splendide, et auront fait le sommet et la traversée sans problème. Pendant ce temps, je fartai mes skis et j'affutai mes carres, ils sont prêt pour la prochaine saison...

Informations pratiques : Pour vous informer et réserver à Dom Hütte, contacez Madame Laura Brantschen-Wasmer, qui parle français. Adresse:
Haus Schaligrat
3928 Randa VS
Suisse
tel: 00 41 27 967 33 59
tel au refuge: 00 41 27 967 26 34