Raid dans le Haut Valais, 14-21 mai 2005

Raid avec Didier, Georges, Andrea et Jean-Luc. Encore une fois, Didier a tout organisé, ou presque !
Texte, photos et assemblages des panoramiques par Philippe Quaglia.

Les photos sont cliquables, pour obtenir un agrandissement. Mais attention au temps de chargement, notamment pour les panoramiques !

D'autres photos de ce raid sont présentées par Andrea sur sa page perso.



Samedi 14 mai 2005, de Nice à Monte Rosa Hütte (2780 m).

Départ de Nice à 5h du matin, pour une longue suite de km en autoroute, sans problème. Dans la montée du Simplon, il pleut, mais quand j'arrive vers 11h15 à Tash, il fait meilleur. Je prends le train pour Zermatt, et je retrouve les autres qui arrivent quelques trains plus tard. Nous mangeons sur place, et nous prenons le train pour Roten Boden. Il ne fait pas vraiment beau, un peu de brouillard. Sur le long chemin qui traverse la moraine, nous voyons beaucoups de bouquetins, avec des jeunes. Nous rejoignons le glacier, et ensuite, malgré le brouillard, l'itinéraire est facile à suivre, car il est très bien balisé. Nous atteignons le refuge vers 18h30. Après le repas, le ciel se dégage, nous révélant un superbe paysage, dominé par le Cervin.

A l'intérieur du refuge, dernière lecture du mode d'emploi de l'appareil photo !

Un troupeau de bouquetins pas du tout importuné par notre passage.





Après le repas, quand le ciel se dégage, la lumière est très belle...





Au fond, les pointes Castor et Pollux.





Y-a-t'il un plus beau cadre pour des toilettes ?




Le lendemain matin, superbe lever de soleil sur le Cervin.



Didier nous guide à travers les crevasses dans la montée vers Castor.



Dimanche 15 mai, de Monte Rosa Hütte (2780 m) à Quintino Sella (3585 m) par le Felikjoch (4100 m).

Levés à 3h30 du matin, nous partons en direction du Zwillingsgletscher. Nous sommes d'ailleurs les seuls à prendre cette direction, les autres partent vers le Mont Rose. Dans la petite descente sous le refuge, Georges se rend compte que sa fixation est cassée. Nous faisons une pause pour essayer de réparer, mais il faut se rendre à l'évidence: la fixation n'est pas réparable. Georges repart donc seul au refuge, et nous prévoyons de l'y retrouver le lendemain soir. Entre-temps, il doit redescendre à Zermatt louer d'autres skis pour continuer le raid. Nous remontons donc sans Georges le glacier très crevassé, jusqu'au Felikjoch (4100 m). Il y a du vent au sommet, et nous renonçons à faire le sommet du Castor. Nous hésitons un peu sur l'endroit exact où nous devons traverser ce col, la face à descendre nous paraissant plus raide que prévu. Finalement, nous trouvons un passage, et c'est en crampons et skis sur le dos que nous descendons au pied de la pente raide. C'est en ski ensuite que nous gagnons assez facilement le refuge Italien de Quintino Sella. Nous y sommes seuls, le refuge d'hiver est ouvert, il est assez agréable, bien qu'il n'y ait pas de poêle (mais quand même une cuisinière à bois). Bonne nuit malgré l'altitude.

Quelques crevasses plus loin, Didier toujours en tête.




Dans la descente du Felikjoch, un peu plus raide que prévue.







Pause habillage un peu expo dans la montée.


Lundi 16 mai, de Quintino Sella (3585 m) à Monte Rosa Hütte (2780 m) par le Paso del Naso (4150 m) et le LysJoch (4250 m).

Nous nous levons à 4h30 du matin. Dehors, il y a du brouillard, mais il est mouvant, et nous pensons qu'il va se lever. Les prévisions météos annoncent une amélioration pour l'après-midi. Nous partons en naviguant à la boussole, encordés. Nous atteignons relativement vite le pied du Naso, et, crampons aux pieds, nous franchissons le Paso del Naso. La visibilité ne s'est pas améliorée, au contraire. J'avoue que la suite de l'itinéraire m'a un peu échappé. Nous avons suivi une crête très ventée, péniblement, jusqu'à trouver un couloir assez raide que nous avons descendu en crampons. Toute la navigation est faite à la boussole et à l'altimètre, et Didier dans ces conditions reste d'un calme incroyable. Peu avant d'avoir trouvé le couloir, nous nous étions demandés s'il ne serait pas mieux de faire demi-tour. Mais comme le couloir a été trouvé avant le délai que nous nous étions donnés pour rentrer, nous continuons. En bas du couloir, nous remettons les skis, et nous remontons doucement vers le LysJoch. Il fait toujours mauvais, et il neige maintenant. Nous avons rejoint maintenant le GrenzGletscher et nous commençons la descente vers MonteRosaHütte, en naviguant toujours uniquement à la boussole et à l'altimètre...
Le problème suivant est de trouver son chemin au milieu du labyrinthe des crevasses. Là encore, j'admire le calme de Didier. Nous allons dans une direction puis dans l'autre le long de crevasses énormes jusqu'à trouver un pont, la franchir, et recommencer le long de la suivante. Au bout d'un moment, de la face du Lyskamm qui est à notre gauche, nous entendons régulèrement tomber des avalanches, ce qui plombe encore un peu l'atmosphère.... Finalement, alors que nous arrivons bientôt au bout du passage difficile, et que nous nous apprêtons à rejoindre la moraine, une trouée dans les nuages vient nous réconforter. Une fois sur la moraine, nous nous retrouvons de nouveau dans le brouillard, et après quelques égarements, nous trouvons quand même le refuge. Il est 19h00, et Georges et les quelques rares skieurs qui sont là n'en reviennent pas de nous voir arriver et que nous ayons réussi à passer dans ces conditions ! Gentiment, les gardiens du refuge nous préparent un repas, alors que les autres ont déjà mangé. Au lit, et dodo bien mérité.

Un résumé visuel de cette journée un peu particulière...


Vers le Paso del Naso ?


Dans la journée, la météo ne s'améliore pas vraiment...




Début de la descente sur le glacier, il faut trouver le chemin dans les crevasses. Encore une fois, Didier fait le pisteur.






Nous arrivons bientôt à la moraine, le brouillard se lève un peu...





Le lendemain matin, en nous élevant au-dessus du refuge.





Plus haut, le panorama est fantastique.





Nous nous approchons doucement de l'arête rocheuse.





Nous nous approchons doucement de l'arête rocheuse.



Mardi 17 mai, aller retour au Kleines Fillarhorn (3621 m).

Suite à la journée d'hier, nous nous fixons un objectif modeste, pour récupérer. Nous nous levons à 5h30, pour aller faire le ??. Le temps est revenu au grand beau, et une belle couche de poudreuse tombée la veille a repeint le paysage. Nous faisons une belle trace, le chat du refuge nous suit collé à nos skis. Le paysage est superbe, nous profitons du lever du soleil sur le Cervin. Après quelque temps, nous essayons de chasser le chat, de peur qu'il ne se gèle les pattes, mais rien n'y fait, il continue à nous suivre. Après une heure et demie, nous arrivons à un passage rocheux, où nous devons mettre les skis sur dos. Le chat nous suit, fait l'escalade sans problème, et, comme nous, savoure le soleil qui nous réchauffe à la crête. Petite pause, et nous repartons remonter un long glacier. Didier et moi partons les derniers, et essayons de partir trop vite pour que le chat ne puisse nous suivre. La stratégie fonctionne, plus de chat derrière nous. Sous le beau soleil, nous remontons vers notre objectif, mais plus on s'en approche, plus on se rend compte qu'il ne sera pas possible de l'atteindre: pour rejoindre le col sous le sommet, il y a une rimaye très large qui ne semble pas contournable. De toute manière, des nuages arrivent, tout le monde n'est pas en forme, et nous décidons d'aller juste vers un petit sommet qui est par là, le Kleines Fillarhorn.



Vue depuis l'arête rocheuse, du Cervin au Mont Rose.





Longue remontée du glacier dans des pentes débonnaires...





..mais sous une impressionnante face poudrée.





Un coup d'oeil par-dessus l'épaule.





Portrait de Jean-Luc en plein effort...





De notre petit sommet, la vue embrasse cette face du Mont Rose, et, au loin, le Cervin et le WeissHorn.





Nous avons même le plaisir de trouver une belle poudreuse...




Le chat sur le sac de Didier...




Nous l'atteignons rapidement, casse-croûte dans des nuages qui passent. Nous sommes sous la face du Mont Rose, c'est assez impressionnant. A la redescente nous trouvons un peu de neige poudreuse bien agréable, nous tirons le plus possible à flanc pour regagner la crête rocheuse sans trop pousser sur les bâtons. Une fois sur la crête, pas de trace du chat, tant mieux, il a dû rentrer. Nous attaquons la courte désescalade, mais une fois en bas du rocher, qui voilà, le chat est là ! En plus, il ne fait pas trop mine de nous suivre, nous ne savons pas quoi faire. Didier et moi voulons l'emmener, les autres pensent qu'il se débrouillera seul. Finalement, Didier le capture et l'enferme dans son sac à dos, et hop, nous repartons. Je suis derrière Didier, et je vois le chat commencer à sortir, et monter sur le sommet du sac, c'est super drôle. A un moment, il saute au sol, mais, brave bête, c'est pour faire ses besoins. Ensuite, il nous suit gentiment, courant comme un fou quand je vais vite, nous faisons des pauses pour le laisser souffler. A un moment, il monte sur un gros rocher, d'où il n'a plus l'air de vouloir partir. Je l'attrape et le pause sur le sac de Didier, qui file alors sans s'arrêter jusqu'au refuge, le chat se cramponnant dans les virages. Le gardien nous dit qu'il lui est déjà arrivé de rester plusieurs jours sur cette arête, attendant le passage d'un groupe pour redescendre, tout amaigri... Il n'y a pas trop de monde au refuge, et la soirée se finit tranquillement.
Mercredi 18 mai, retour dans la vallée

Ce matin, le temps est trop mauvais, nous ne pourrons donc pas aller au Mont Rose. Dommage, il aurait fallu y aller la veille, maintenant le créneau météo est refermé... Nous décidons donc de redescendre à Roten Boden. Le trajet dans le glacier zigzague entre des crevasse, mais il est très bien balisé, pas de problème. Nous voyons de nouveau les troupeaux de bouquetins, au même endroit qu'à l'aller. Le train est plein de Japonais qui nous prennent en photo. A Zermatt, nous mangeons un "Rösti Grand Alp", miam miam. Nous reprenons les voitures, et quelques kilomètres plus bas, nous arrivons à Randa chez le gardien de la cabane du Dom, qui loue un appartement ici. Nous nous installons, c'est très confortable et propre, Andrea nous prépare de bonnes pâtes, et tous au lit.



Au petit matin, le refuge est de nouveau dans les nuages.



Jeudi 19 mai, de Randa (1400 m) à la cabane du Dom (2940 m).

Nous traversons skis sur le dos le toujours joli village de Randa (voir la précédente tentative au Dom), puis nous nous élevons régulièrement dans la forêt. Après quelques heures, nous faisons une petite pause au soleil avant d'attaquer la barre rocheuse, où s'enchaînent échelles, cordes, petits pas d'escalade. Au fur et à mesure de notre progression, le Weisshorn, de l'autre côté de la vallée, devient plus majestueux. Nous sortons enfin de la barre, et pour les derniers 250 m de dénivelé, nous allons enfin pouvoir mettre les skis. La neige est un peu dure, et il faut faire de nombreuses conversions pour progresser dans les nombreux rochers. Le refuge est vite en vue, nous sommes seuls, nous nous installons confortablement pour profiter de la terrasse, d'où nous enlevons les dernières plaques de neige. Nous commençons tout de suite à faire fondre de la neige sur le poêle à bois car il n'y a pas d'eau. Un peu plus tard dans l'après-midi deux sympathiques skieurs Suisses (romands) nous rejoignent. La météo est toujours bonne, nous nous couchons confiants.



Dans la montée au Dom, petite pause avant de s'attaquer à la barre rocheuse.




Au sommet de la barre, pause casse-croûte face au Weisshorn.




Un peu plus tard, arrivée en vue du magnifique refuge.




Nous profitons de la terrasse et du panorama.


Vendredi 20 mai, Dom des Mishabel (4545m) en aller retour depuis le refuge du Dom (2940 m).

Nous nous levons à 4h00, il fait beau, nous partons quelques minutes après les deux Suisses qui du coup vont nous faire la trace jusqu'au sommet. Nous progressons sans problème jusqu'au pied du couloir que l'on doit emprunter pour aller au Festijoch. Cette fois la neige porte bien, on trouve même un peu de glace, et nous sommes assez vite au col. La progression sur l'arête est toujours un peu délicate, une corde fixe bienvenue a été rajoutée cette année. Nous reprenons pied sur le glacier après une petite desescalade où deux prises de main sont constituées... de plaques à la mémoire de personnes qui se sont tuées sur cette arête ! La rimaye cette année est complètement différente d'il y a un an, et l'échelle en bois qui était nécessaire pour la franchir ne sert plus à rien. Nous reprenons la montée en skis, il y a des nuages lenticulaires sur le Weisshorn et sur le sommet du Dom. Un peu plus haut, les nuages dessinent des formes fascinantes dans le ciel (voir par exemple cette photo d'Andrea).



Le petit jour se lève sur la terrasse du refuge, seul au loin le Cervin est déjà un peu ensoleillé..





Au petit matin, il y a un nuage lenticulaire sur le Weisshorn.





Georges en progression sur la Festijoch.



L'altitude se fait un peu sentir, la progression n'est pas très rapide. Nous basculons sous le sommet, la pente s'accentue un peu. Nous nous arrêtons à une épaule, moins d'une centaine de mètres sous le sommet, pour mettre les crampons, dans un fort vent, et nous repartons illico pour le sommet. Il y a d'importantes corniches, il faut faire attention, et la pente est assez raide et dure. Au sommet, la vue est magnifique, nous sommes enfin au-dessus du Weisshorn qui nous narguait depuis deux jours.



Panorama depuis le sommet du Dom, alors que les autres font des photos autour de la croix sommitale. Cliquez pour agrandir !





De nouveau sur la Festigrad, Andrea et Georges s'attaquent à la redescente sur le glacier.




Séance photos, et nous redescendons. J'ai un petit moment d'angoisse, je ne veux plus descendre cette pente qui me paraît trop raide, avec des crevasses béantes en-dessous. Heureusement, Andrea me rassure, et je suis bien obligé d'y aller. Nous rechaussons, et me voilà bien plus à l'aise. La descente est bien agréable, la neige est inégale mais nous trouvons quand même de grandes pentes de neige poudreuse. La vue est magnifique. Nous revoilà de nouveau sur la Festigrad. La descente en crampon, skis sur le dos, me semble bien longue, et je suis bien content de reprendre pied sur le glacier. La neige pour la descente est bien agréable, un peu de poudre puis transformée, et la vue est toujours splendide, nous savourons la descente. De retour au refuge il y a un peu plus de monde, mais c'est encore très agréable. Les Suisses redescendent dans l'après-midi, nous passons une nuit de plus au refuge.



Dans la descente. Magie de la photo panoramique par assemblage: on voit trois fois notre ami suisse en train d'attaquer la descente.





Didier, Georges, et Jean-Luc (de dos) dans la descente.





Un coup d'oeil en arrière dans la descente.





Après une telle montée, nous faisons de nombreuses poses pour mieux apprécier la descente. La Festigrad s'approche.





Un peu plus bas encore, toujours avant la Festigrad.





Quelques dizaines de mètres plus bas, nous sommes à la hauteur de la Festigrad.




Samedi 21 mai, du refuge du Dom à Randa.
Nous attaquons la redescente à la fraîche, et après quelques virages dans une neige assez désagréable, nous nous retrouvons dans les barres rocheuses. Le rocher est sec, et la descente ne pose pas de problème, bien qu'il faille être toujours attentif. La forêt est toujours aussi belle, la descente se fait à un rythme soutenu, et nous sommes bientôt au village. Georges doit encore aller rendre ses skis, nous règlons les nuitées à la gardienne, et après les salutations, je repars vite car j'ai pas mal de route à faire pour rentrer à Nice...



Dans la descente finale, après la Festigrad.





Toujours dans la descente, le Cervin reprend de l'ampleur.





Un peu trompeur, le champ de vue de cette photo embrasse au moins 200°, de la Festigrad à gauche au Weisshorn vers la droite.





"D'accord, d'accord, j'arrive, j'arrête de prendre des photos".





Nous regagnons la moraine, c'est le dernier coup d'oeil sur le glacier. Merci pour cette journée !