Traversée du Mont Blanc par les arêtes grises et la face nord, 29-31 mai 2003

Participants: Capt'aine Georges, Didier, Antoine, Michèle, Xavier et Philippe
Texte, photos et assemblages des panoramiques par Philippe Quaglia, sauf celle sur laquelle je suis, prise par Didier.

Les photos sont cliquables, pour obtenir un agrandissement. Mais attention au temps de chargement, notamment pour les panoramiques !


Mercredi 28 mai

Parti directement du travail en passant par l'étroit tunnel du col de Tende, puis à travers la vallée du Pô et ses multiples petites exploitations agricoles. Ensuite, l'autoroute jusqu'à Courmayeur, il n'y a personne sur la route, ce soir c'est un match de finale de coupe d'Europe, Milan contre Turin !
A Courmayeur, il pleut, et le gérant de l'hôtel n'a visiblement pas envie de manquer une seconde du match pour s'occuper de moi.
Hop, au lit !

Vue sur le plan de Combal, avec au fond le Col de la Seigne où passe le Tour du Mont Blanc.



En remontant le glacier de Miage, en direction des arêtes Grises. Le refuge de Gonella est sur le versant droit de l'arête.



Sur le sentier d'été pour accéder au refuge. En arrière plan, des couloirs qui descendent de l'Aiguille de Tré la tête, qui n'arrêtent pas de se purger.



Jeudi 29 mai

5 mn de voiture, et me voilà au point de rendez vous, à la station d'arrivée du téléphérique de La Palud. Les amis arrivent une vingtaine de minutes plus tard, j'ai eu le temps de manger un cake entier. Dans la voiture, Georges et Didier, mais aussi trois personnes que je ne connaissais pas, Michèle, Antoine et Xavier. Très bien, nous serons deux cordées de trois.
Grand beau temps, nous chargeons les skis sur le sac à la cantine de la Visaille, et c'est parti.
Didier sur le sentier d'été, qui domine le glacier du Dôme par lequel se fait théoriquement l'accès en ski.



Un peu plus loin sur le sentier, certains continuent skis sur le dos...

..tandis que d'autres choississent de rechausser.



Le bloc sanitaire du refuge, double lavabo, WC hommes, WC femmes, vue imprenable, mais attention aux faux pas.



La vallée s'élargie, et nous prenons vite pieds sur la moraine que nous continuons à remonter. Nous surprenons un impressionnant troupeau de Bouquetins qui s'enfuient en sifflant. Nous chaussons enfin, quelques zig zag pour éviter les premières crevasses. Après quelque temps, nous apercevons le trajet "normal" à skis vers le refuge, mais il est complètement impraticable: ce n'est qu'une succession d'énormes crevasses et séracs. Nous nous orientons donc vers l'itinéraire d'été à gauche d'un gros rognon rocheux.
Par une petite traversée, nous prenons pieds sur les rochers. Le temps se dégrade rapidement. Derrière nous, un couloir menant vers Tré la Tête n'en finit pas de se purger. Skis alternativement sur le dos et aux pieds, nous progressons doucement en direction du refuge. L'orage tonne pas loin, il pleuviote puis il se met à neiger. Une centaine de mètres en dessous du refuge, un couloir assez raide en neige molle nous oblige à sortir la corde. Ensuite, l'itinéraire jusqu'au refuge est assez facile bien qu'on enfonce parfois profondément. L'intérieur du refuge est austère, juste une rangée de bas flancs, sans coin cuisine ni table. Les couvertures sont humides. Nous sommes les seuls. Repas, fonte de l'eau, dodo. Au petit matin, nous quittons le refuge. Au loin, l'imposante Aiguille de Tré la Tête.

Petite traversée en crampons pour rejoindre le glacier. Au fond, le col des Aiguilles Grises et le piton des Italiens.



Vendredi 30 mai

Départ au levé du soleil, les chaussures sont encore mouillées, elles sècheront en route. Le ciel est très clair, grand beau, et la neige porte bien. Nous atteignons rapidement le glacier, et nous progressons en essayant de trouver un itinéraire dans le dédale de crevasses, ce qui n'est pas toujours évident. Nous atteignons sans trop de difficultés le col des Aiguilles Grises, et prenons pieds sur l'arête.
Nous repartons skis de nouveau sur le dos, sur l'arête plus ou moins effilée. Après 1h30/2h, l'arête s'élargit et nous pouvons rechausser. La cordée de Michèle Antoine et Xavier prends de l'avance, je reste avec Georges et Didier nous précède. Encore quelques crevasses et une rimaye à franchir, et nous rejoignons Didier au Dôme du Goûter. Petite pause sur le glacier.




Le splendide panorama en direction du sud, avec l'imposante Aiguille de Tré la Tête.






Progression sur l'arête. Notez le second personnage plus haut sur l'arête.






Pas loin du piton des Italiens, entre versant Français et Italien.



Lente progression en direction du Dôme du Gouter.

Superbe vue sur le Mont Blanc, mais nous sommes de retour sur les itinéraires fréquentés. Fini la solitude ! La première cordée est déjà repartie pour faire le sommet du Mont Blanc. Nous décidons de le garder pour le lendemain, et nous casse croûtons tranquillement en profitant de la belle vue, et en observant attentivement l'itinéraire de descente par la face Nord. Nous voyons nos collègues progresser lentement sous le soleil au zénith.
Nous attaquons gentiment une belle descente vers le refuge du Goûter, en très bonne neige, et nous nous installons. Nos collègues nous rejoignent en début de soirée, complètement cuits et déshydratés, mais ils sont allés au sommet, en laissant toutefois les skis à Vallot, c'est à dire en faisant l'arête des bosses en aller retour à pieds. Parfois, l'arête devient assez étroite, moi j'aime pas ça !




Depuis le Dôme, un premier panorama sur le sommet. Le soleil en plein champs sur deux photos empêche de faire une bonne correction des couleurs. On reconnait quand même sans peine la face Nord du Mont Blanc, le Maudit et le Tacul.






D'un autre angle, et mieux exposé, on voit en enfilade l'arête des Bosses, puis l'impressionante face Nord du Mont Blanc et le Mont Maudit. Au fond, on voit assez bien le couloir Wymper sur l'aiguille Verte.






Le matin, panorama sur la face Nord en passant au refuge Vallot.



Georges s'apprête à attaquer l'arête des Bosses. Pour avoir une idée de l'échelle, cherchez à mi hauteur les autres personnages.



Samedi 31 mai

Nous partons sous le ciel bien étoilé, les premiers, et nous faisons la trace sur la neige qui croustille. Nous atteignons assez vite le refuge Vallot, où nous précèdent quelques skieurs venus des Grands Mulets. Bref conciliabule avec Georges et Didier, et nous décidons de monter les skis au sommet.
Crampons, skis sur le dos, et nous revoilà parti pour 1h30/2h d'arête. Didier a quelques problèmes avec un crampon, mais arrive à réparer. L'arête me semble plus fine que lors de mon précédent passage, et je suis bien content d'arriver au sommet. Il est 9h30. Le temps est toujours très beau, avec un tout petit souffle de vent. Après une petite pause, nous commençons la descente en direction des Petits Mulets puis nous basculons dans la face Nord. L'itinéraire est assez visible, mais se faufile entre d'impressionnants Séracs. Georges et Didier, un peu plus haut sur l'arête.




Depuis le sommet, à gauche le Mont Maudit. Au centre, le jardin de Talèfre, le couloir Whymper à la Verte, les Droites, les Courtes, le Dolent. Plus à droite, les Grandes Jorasses. Au fond, on distingue le Cervin et le Mont Rose.






En basculant dans la face Nord. Sur les rochers, on voit le petit refuge Vallot.



Dans la descente, sous quelques beaux séracs. Toujours dans la face Nord, la pente s'accentue un peu.



Georges et Didier, lors d'un petite pause pour reprendre son souffle, mais vu ce qu'il y a au dessus, ce n'est pas un endroit où s'éterniser.



La pente est parfois marquée mais jamais très raide, cependant, l'exposition est assez importante à cause des multiples crevasses et barres. Un petit groupe avec un guide passe devant, et nous les suivons. En fait, il y a pas mal de traces, il faut prendre garde à ne pas se laisser griser, éviter les crevasses, ne pas sauter de Sérac. Deux trois petits passages raides, et nous rejoignons déjà le haut du Grand Plateau où nous trouvons une merveilleuse poudreuse. Superbe descente jusqu’aux blocs de glace qui parsèment toujours le bas de ce plateau. Nous retrouvons alors l’itinéraire « classique » de descente jusqu’à la Jonction. Les crevasses sont bien ouvertes, il faut rester sur ses gardes et souvent nous les découvrons au dernier moment.
La traversée de la Jonction est un vrai labyrinthe, avec de grosses crevasses et des blocs à demi effondrés dans lesquels se croisent ceux qui montent et ceux qui descendent. Nous sortons enfin du glacier, et après une bonne remontée, nous arrivons à la station de téléphérique du plan de l’Aiguille. On y retrouve Michèle, Antoine et Xavier qui arrivent juste du refuge du Goûter. Finalement, vu d'en bas, ce n'est pas très compliqué...



Dernier obstacle avant le retour, le franchissement de la jonction. Il faut juste traverser ce dédale de blocs branlants et de crevasses.

Mais il est déjà temps pour moi de rentrer, après un au revoir rapide je monte dans la première benne pour l’aiguille du Midi. J’enchaîne avec les oeufs vers la pointe Helbronner. Le paysage est magnifique, et il y a des traces de skis dans toutes les voies les plus raides, couloir Gervasutti, Aiguille du Diable, face Nord de la Tour Ronde...
Un dernier téléphérique (mais pas le moins cher !) pour rejoindre La Palud et ma voiture.
Un dernier coup d’oeil sur le massif, et c’est reparti pour quelques heures de route pour rejoindre Nice et le train train quotidien...