Massif de Belledonne, 27-29 décembre 2002

Participants: Yves, venu de Montréal, Laurent de Trappes, Olivier de Lyon, François de Montpellier et Philippe de Nice
Texte et Photos: philippe.quaglia@laposte.net







Franchissement de la brèche Robert sous un ciel tourmenté



Jeudi 26 décembre: Introduction

Ca faisait pas mal d'années que la bande ne s'était pas retrouvée au complet. François et Yves arrivés respectivement de Montpellier et Montréal ont retrouvé Laurent arrivé de Paris chez Spélémat, pour louer les skis. Selon le vendeur, il n'y a pas de neige. Repas copieux à la maison, et au lit.


Vendredi 27 décembre

Mauvaise nouvelle ce matin: François a été malade cette nuit, et n'a presque pas dormi. C'est vrai qu'il est pâle. Après quelques détours autour de Grenoble, nous arrivons à Chamrousse en fin de matinée. Le vent souffle en rafales, et toutes les remontées qui vont au sommet de la station sont arrêtées. Nous qui comptions sur le téléphérique pour vite pouvoir rejoindre les lacs Roberts, c'est raté !








L'échapatoire par le haut présente un passage un peu raide.



On ne se démonte pas, on mange tout ce qu'on peut, on boucle les sacs, et c'est parti. François est toujours un peu pâle. Après un départ skis sur le dos, on s'arrête rapidement pour mettre les peaux et chausser. Après un gros quart d'heure, on quitte les abords des pistes pour passer au pied des barres qui descendent de la Croix de Belledonne. Sur un télésiège arrêté, les siègent tournent à l'horizontale dans les rafales de vent !



Sortie du petit couloir,




tout le monde arrive skis à la main.



Après le franchissement d'un petit col, les lacs sont en vue. Des bourrasques extrêmement violentes et tourbillonnantes nous font tous tomber les uns après les autre, et nous fouettent de cristaux de glace. Passé les lacs, on s'enfile dans la vallée qui remonte au Nord, au pied des belles pentes qui descendent du grand Sorbier. Le vent se calme, le soleil se montre parfois brièvement entre les nuages.



Laurent, sur fond de nuage tourmentés.




La nuit est tombé lorsque nous commençons à creuser.



Sans trop se soucier de la carte, nous commençons à attaquer une petite pente à main droite, qui nous amène rapidement à surplomber, du haut d'une barre, le chemin d'été, qui mène au refuge par le lac Longet. Rechignant à faire demi tour pour retrouver ce sentier tout en bas, nous optons pour une sortie par le haut, pour rejoindre le refuge par un passage plein sud. Petit passage assez raide, tout petit passage rocheux qui nous fait déchausser, et on repart. L'heure tourne, j'essaie d'accélérer le mouvement, mais les moindres petits passages techniques nous font perdre beaucoup de temps. Le ciel s'obscurcit doucement, en bas Grenoble commence à s'illuminer. Un petit trou dans la première ligne de crête permet d'apercevoir le refuge au loin, trop loin sûrement vu l'heure tardive.

Sans doute encore une erreur d'orientation, et nous nous retrouvons encore au dessus d'une barre qu'on se refuse de passer dans la nuit maintenant tombée. Demi tour, puis nous descendons une grande pente, puis de petits couloirs, dans lesquels Laurent ouvre la voie. Trois frontales pour cinq, la nuit est bien noire et nuageuse, sans lune. On ne voit plus que François est pâle. Arrivés dans un petit amoncellement de blocs, nous nous arrêtons pour décider de la suite: ce sera igloo, ou plutôt trou dans la neige. Nous commençons à creuser au pied d'un gros bloc pour profiter du creux que le vent a déjà créé. Pendant ce temps, les sacs sont empilés en un gros tas, recouverts d'une couverture de survie, et la neige dégagée y est entassée pour constituer la voûte de notre abri.


Nous nous relayons sur nos trois pelles, au début la position est très pénible, pour sortir la neige du trou. Un deuxième tunnel d'accès est commencé, et quand il rejoint le premier, le travail devient plus facile: on creuse d'un coté et on évacue la neige de l'autre. On élargie maintenant l'intérieur, on dégage les sacs par l'intérieur, et la belle voûte tient ! Quatre bougies placées dans les murs suffisent à tout éclairer, cela donne une belle ambiance, on est tout excités. Ayant de nouveau nos sacs, nous en profitons pour casser la croûte. Dehors, le temps se dégrade, bourrasques de vent et chutes de neige.


Après quelques efforts encore, il y a assez de place pour se coucher tous les cinq, nos couvertures de survie sont étalées au sol, et nous laissons dehors nos sacs et nos coques de chaussure. Tout le monde se blottit dans son duvet, et le calme revient petit à petit....



Repas dans l'igloo, éclairé à la bougie.




Préparation pour la nuit, au flash cette fois.



Samedi 28 décembre
Réveil dans la blancheur laiteuse qui filtre par l'entrée. Tout le monde a relativement bien dormi, sauf Laurent qui a été hanté par la peur de voir la voûte s'effondrer et nous enfouir. Nous prenons un bon petit déjeuner, et nous plions les bagages. Vue la météo (neige et brouillard), et les affaires passablement mouillées de certains, nous décidons d'arrêter la rando et de rentrer. Nos sacs et nos coques sont enfouis sous la neige fraîche, nous espérons n'avoir rien oublié. Avant de partir, Olivier monte sur le toit de l'abri, debout, ça tient bien, Laurent aurait pu dormir tranquille !



Au matin, il faut du courage pour sortir de notre trou dans le mauvais temps.




Nous voilà prêt à quitter notre abri...



Le paysage est magnifique sous la neige fraîche, et le brouillard donne un coté surréel à l'ensemble. L'orientation par contre n'est pas aisée. On a aussi du mal à se réchauffer, certains vêtements sont complètement mouillés. Après quelques heures, bien des points orientation, et avec aussi de la chance, nous arrivons droit sur le télésiège qui remonte des lacs roberts vers la croix de Belledonne. Sans forfaits, nous sommes obligé de remonter la piste jusqu'à la Croix. Au sommet, le vent souffle fort, plusieurs d'entre nous souffrent cruellement du froid. La descente ensuite sur Chamrousse est courte mais plaisante par la piste Olympique, et quelques minutes plus tard, nous voici tous blottis au chaud dans un bistrot....


Cette année encore, ça aura été intense mais trop court...



Le paysage alentour n'est pas très accueillant, mais très joli.




Le chemin du retour, plus deviné que maitrisé, passe au pied de belles falaises.







Gros flocons...





Pose orientation à l'abri d'un pin.